^^^^^f^^^

w^^.^^

r~^-»-.

"ry^ »

'" W •.^"^' r-- "^-^^

-mZ:'^^'

I£

m.^

ym. m:^*

SCIENCE ET RELIGION Éludes pour le temps présent

LES POSSÉDÉES DÉ LOiDi

ET

URBAIN GRANDIER

ETUDE HISTORIQUE

PAR I. BERTRAIVI»

Qiiatrièitie édition

PARIS LIBRAIRIE BLOUD ET G'«

4, RUE MADAME ET RUE DE RENNES, 50

Tous droits réservés.

SCIENCE ET RELIGION Éludes ponr le temps prenent

LES PdSSiDtES DE MM

URBAIN GRANDIER

ETUDE HISTORIQUE

PAR I. BERTRAND

PARIS LIBRAIRIE BLOUD ET G*-

4, RUK MADAME ET RUB DK RENNES, 59

Tous droits réservés.

MEME COLLECTION

Du uiêiiie auteur :

34. — La Religion spirite, son dogme, sa morale et ses pratiques 1 vol.

45. — L'Occultisme ancien et moderne. — Les mys- tères religieux de l'antiquité païenne. — La Kabbale maçonnique. — Magie et Magiciens Jîn de siècle. 1 vol.

84. — La Sorcellerie 1 vol .

107. — Les Morts reviennent-ils? 1 vol.

237. — La Franc-Maçonnerie, secte Juive, née du Talmud. Ses ongi/n^s, ses progrès, son rôle politi- que, sa haine de l' Eglise - . . . . 1 vol .

Godard (Charles). — 105. L'Occultisme contempo- rain. Ses doctrines et ses divers systèmes, 3° éd. 1 vol.

— 193. — Les Sciences physionomiques, leur passé, leur présent, 2" éd 1 vol .

Hélot (Charles) — 204-205. L'Hypnose chez les pos- sédés, 2' éd 1 vol .

— 81. Le Diable dans l'Hypnotisme, 3' éd . 1 vol.

— 35. L'Hypnotisme franc et l'Hypnotisme vrai, 4' éd 1 vol .

Imbert-Gourbrvre (D'). — 65. L'Hypnotisme et la Stigmatisation, 3° éd 1 vol.

Jeanniard do Dot (A.). — 16. Où en est l'Hypnotisme, son histoire, sa. nature et ses dangers, 6' éd.. 1 vol.

— 17. Où en est le Spiritisme, sa nature et ses dan- gers, 5° éd 1 vol .

— 39. L'Hypnotisme et la Science catholique, 3*éd 1 vol.

— 50. L'Hypnotisme transcendant en face de la philosophie chrétienne, 4" éd 1 vol.

LoDiEL (R. P.). — 159. Les Phénomènes télépathi- ques et le secret de l'Au-delà, 3* éd 1 vol.

Matignon (P. A.). — 198. L'Evocation des Morts, 3- éd 1 vol.

Les Possédées de Loudun

ET URBAIN GRANDIER

I

Urbain Grandier, curé de Saint-Pierre de Loudun. — Jugements portés sur lui par les historiens.

Le 18 août 1634, un prêtre, que ses malheurs et les égarements de sa vie ont rendu tristement célèbre, expirait sur un bûcher en la ville de Loudun, au dio- cèse de Poitiers.

Quel était son crime ?

Voici textuellement ce que portait l'arrêt de con- damnation :

« Avons déclaré et déclarons Urbain Grandier dûment atteint et convaincu du crime de magie, ma- léfice, et possessions arrivées par son fait, es personnes d'aucunes religieuses Ursulines de cette ville de Lou- dun et autres séculières, ensemble ses autres cas et crimes résultant d'icelui, pour réparation desquels avons icelui Grandier condamné et condamnons à faire amende honorable, nu-tête, la corde au cou, tenant à la main une torche ardente du poids de deux livres, devant la principale porte de l'église de Saint- Pierre du Marché, et devant celle de Sainte-Ursule de ladite ville ; et là, à genoux, demander pardon à Dieu, au roi et à la justice ; et ce fait, être conduit à la place pubhque de Sainte-Croix, pour y être atta- ché à un poteau sur un bûcher, qui, pour cet effet, sera dressé audit lieu, et y être son corps brûlé tout vif avec les pactes et caractères magiques restant au greffe, ensemble le Uvre manuscrit composé par lui contre le célibat des prêtres, et les cendres jetées au ■vent. Avons déclaré et déclarons tous et chacun de ses biens confisqués au roi, sur iceux préalablement

4 LES POSSEDEES DE LOUDUN

pris la somme de cent cinquante livres, pour être employée à l'achat d'une lame de cuivre, sur laquelle sera gravé le présent arrêt par extrait, et icelle ap- posée dans un lieu éminent de la dite église des Ur- sulines, pour y demeurer à perpétuité. Et aupara- vant que d'être procédé à l'exécution du présent arrêt, ordonnons que le dit Grandier sera appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, sur le chef de ses complices, et exécuté le IS aoùc 1634. »

Le document qu'on vient de lire a soulevé et sou- lève encore dans la presse des polémiques irritantes.

Les protestants et les libres penseurs s'en sont fait une arme contre l'Eglise, comu.e si elle avait elle- même institué le tribunal devant lequel comparut l'accusé.

Qu'était-ce qu'Urbain Grandier ? Les Ursuliues étaient-elles réellement possédées, et cette possession doit-elle être considérée comme le résultat de prati- ques magiques? Urbain Grandier avait-il commis les crimes pour lesquels il fut condamné au feu ? Autant de questions que nous aurons à examiner dans cette étude.

Urbain Grandier naquit au Mans, disent les uns, à la Rovère, affirment les autres. Quelques-uns opi- nent pour Sablé, où son père exerçait les fonctions de notaire royal.

Il fit la plus grande partie de ses études à Bor- deaux, au collège des Pères Jésuites. Ses succès clas- siques lui valurent, dans la suite, la protection de ses anciens maîtres, qui usèrent de leur influence pour le faire nommer curé de Saint-Pierre de Loudun. Il obtint, en outre, une prébende au chapitre de Sainte- Croix, dans la même ville.

Cela dit, nous laisserons la parole aux écrivains qui ont pris sa défense et se sont attachés à le justi- fier du fait de sorcellerie pour lequel il fut condamné à mort.

ET URBAIN GRANDIER 5

« Le clergé de Loudun, écrit Louis Figuier, ne vit pas sans quelque jalousie secrète un prêtre investi de deux bénéfices dans une ville à laquelle il était étranger par sa naissance. »

C'est là une supposition purement gratuite et sana valeur historique,

« On enviait la position de Grandier, d'autant plus, poursuit le même auteur, qu'il y faisait honneur par des mérites divers. Bon prédicateur, écrivain facile et même élégant pour cette époque, mais surtout bel esprit et homme du monde, plus qu'il ne convenait à un ecclésiastique, il avait, comme couronnement de tous ces dons, les avantages d'un extérieur séduisant. Non seulement il était beau et le savait, mais il ne repoussait ni la beauté, ni les jouissances qui l'accom- pagnent. Son esprit était plein d'orgueil (1). »

Aubin, auteur de V Histoire des Diables de Lou- dun^ écrit de son côté : « Ce n'était pa«î seulement des rivaux qu'il avait à craindre, c'étaient des pères et des maris, outrés et furieux de la mauvaise répu- tation que ses fréquentes visites attiraient sur leurs familles (2). »

Nous ferons observer en passant qu'Aubin écrivit son livre cinquante- neuf ans après l'événement, et que, tenant pour non avenus les procès-verbaux cer- tifiés sincères par des hommes dont la bonne foi et les lumières ne peuvent être mises en doute, il traita l'histoire des possédées de Loudun avec le sans-gêne dont ses coreligionnaires sont coutumiers, quand il s'agit de faits qui intéressent l'Eglise catholique.

« Quant à ses rivaux , poursuit de son côté Louis Figuier, Grandier provoquait leurs attaques plutôt qu'il ne les attendait. Cet homme, doux et civU à l'égard de ses amis, montrait contre ses adver-

(1) Louis Figuier, Histoire du Meroeilleux, t. I, p. 97 et suiv,

(2) Hisioire des Diables de Loudun, Amsterdam, 1693.

6 LES POSSEDEES DE LOUDCN

saires une fierté hautaine. Jaloux de son rang, il ne rabattait jamais rien de ses prétentions ; il défendait ses intérêis et repoussait les injures avec une vio- lence qui laissait dans les esprits des blessures pro- fondes (1). »

L'auteur cite quelques faits à l'appui de son dire. Les voici textuellement reproduits :

« Dès l'année 1620, dans une affaire portée devant l'official de Poitiers, il avait obtenu contre un prêtre nommé Mounier une sentence qu'il fit exécuter avec la dernière rigueur. Quelque temps après, nouveau procès contre les chanoines de Sainie-Croix, ses collègues, au sujet dune maison qu'il ne craignait pas de disputer au Chapitre. Le solliciteur de ce procès pour les chanoines, et par conséquent l'adver- saire de Grandier, était Mignon, maintenant direc- teur des Ursulines. Ce fut Grandier qui l'emporta, et il insulta avec tant de fierté la partie vaincue, que Mignon en conserva une rancune profonde et vivace (2) . »

Comme on le voit, Urbain Grandier était un plai- deur passionné et souvent heureux. Il aurait dû, semble-t-il, se montrer généreux dans la victoire, faisant ainsi preuve d'habileté. Mais sa mauvaise nature le pou-sait, au contraire, à user de procédés humiliants à l'égard de ceux qu'il avait battus.

Parmi les personnages avec lesquels il eut encore maille à partir figurent deux oncles de Mignon, Barot et Trinquant. Le p emier était président des Elus de la ville, et le second, procureur du Roi.

Il fut enfin mêlé à une aventure scandaleuse où il eut pour rival le procureur Menuau, parent, lui aussi, de l'inévitable confesseur des Ursuhnes.

La plupart des historiens prétendent que les mem-

(1) Louis Figuier, ibid.

(2) Louis Figuier, ibid»

ET CRBAIN GRANDIER 7

bres influents de cette famille fomentèrent sourde- ment la plainte qui fut portée contre le curé de Saint-Pierre devant l'official de Poitiers, plainte où on l'accusait, entre autres choses, de ne jamais dire son bréviaire, — ce qui était, semble-t-il. difficile à prouver, — et d'avoir débauché plusieurs femmes ou jeunes filles. On allait jusqu'à affirmer qu'il avait Commis un de ces actes dans son église.

Urbain Grandier fut décrété d'^ prise de corps et enfermé dans la prison de l'évêché.

Faisons observer, à sa décharge, que les dénon- ciateur? ne donnaient pas les noms des personnes que le prévenu aurait séduites, et que ni maris, ni pères, ni tuteurs ne se portèrent parties plaignantes.

Le juge dut donc considérer cumme non avenue, faute de preuves, l'accusation d'immoralité, ce qui ne i'empécha pas de condamner Urbain Grandier à jeûner trois mois au pain et a l'eau, et de l'interdire a diviras dans le diucèse de Poitiers pendant cinq ans.

Le curé en appela à l'archevêque de Bordeaux. De leur côté, s^s ennemis le déférèrent au Parle- ment de Paris comme d'abus, dans l'espoir de le ruiner et de le réduire à l'impuissance. Mais Gran- dier n'était pas homme à se laisser intimider. Il fit plaider sa cause, et le Parlement renvoya l'affaire devant le présidial de Poitiers pour être jugée en dernier ressort.

« Or , dans l'instruction à laquelle procéda le lieutenant criminel de cette \i\\e, plusieurs témoins avouèrent qu'ils avaient été influencés par les enne- mi- de l'accusé ; un des délateurs se désista de son action, et deux prêtres de Loudun, dont l'un envoya même son désaveu par écrit, déclarèrent qu'on leur avait fait dire dans leurs dépositions des choses aux- quelles ils n'avaient jamais s^ngé (1). »

(1) Louis Figuier, ihid.

8 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

Grandier eut gain de cause.

D'autre part, Mgr de Sourdis, archev^nue de Bor- deaux, frappé de l'animosité que ses ennemis met- taient à le poursuivre, rendit en sa faveur une sen- tence d'absolution, dé larant nul le jugement de l'officialité de Poitiers. Cela fait, il lui cunseilla de quitter Loudun, sage conseil que Grandier refusa de suivre. Il poussa même l'imprudence jusqu'à. rentrer chez lui en triomphateur, une branche d'olivier à la main.

Cette bravade devait lui coûter cher.

Non content de reprendre pos>:ession de ses béné- fices, il exigea de ses adversaires la restitution des fruits perçus en son absence et réparation des dommages causés.

Le docteur Bertrand, dans son livre sur VExtase, parle de Grandier de la façon la moins flatteuse. Que le curé de Saint-Pieire fût un prêtre peu édi- fiant, nous le croyons sans peine ; lui-même en a fait l'aveu avant de mourir, mais de là à admettre qu'il se rendit coupable de toutes les infamies qu'on lui a reprochées, il y a loin.

« Plus d'une raison, écrit Bertrand, à propos des possessions de Loudun, devait fixer l'attention des religieuses (Ursulines) sur ce prêtre, qui, depuis quelque temps, faisait j^rand bruit dans la ville. C'était, en effet, un homme d'un esprit cultivé, d'un extérieur agréable, et plus porté à la galanterie qu'il n'aurait été convenable à sa profession. Les aven- tures scandaleuses qu'on lui imputait faisaieutlesujct des conversations...., et quoique absous d'un interdit prononcé par son évêque, ce curé n'en était pas moins un scau'îale pour la plus grande partie des habitants de Loudun (1). »

Le docteur Calmeil, ancien médecin de l'Asile de

(1) Bertrand, De l'Extase, p. 339.

ET URBAIN GRANDIER 9

Charcnton, nous dit, de son côté , que Grandier « était un homme distingué par l'esprit, le talent, les avantages physiques ; éclat des manières, mœuis faciles et galantes , procès scandaleux , inimitiés passionnées, alternatives de revers et de fortune, neu. n'avait manqué à l'existence tour à tour enviée ou tourmentée de cet homme véritablement su- perbe (1). »

Maintenant que nous connaissons le personnage,

— autant du moins qu'il est possible de le cunnaîvre,

— vo^'ons à la suite de quels événements il tut mclé à l'affaire des possessions.

II

Les Ursulines de Loudun au tribunal de la Scionce.

Fondé en Italie vers la fin du xvi^ siècle, l'Institut des Ursulines ne tarda pas à pénétrer en France.

Une maison de l'Ordre s'établit à Loudun.

M'"^ Jeanne de Bel fiel, de la famille du baron de Cose, était à la tête de la communauté. On y remar- quait, en outre, comme simples religieuses, M™» Claire de Sazilly, parente de Richelieu, les deux dames de Barbézieux, de la maison de Noga- ret, les deux dames d'Escoubleau, de la maison de Sourdis, etc.

« Ces dames, fait observer le docteur Calmeil, ne le cédaient à aucune personne de leur sexe par la culture de l'esprit, la politesse des manières, le suin qui avait présidé à leur éducation. Toutes se vouaient, en se conformant aux règles de leur ordre, à l'instruction des jeunes filles qui leur étaient con- fiées à titre de pensionnaires ou d'externes (2). »

(1) Calmeil, De la Folie, t. II, p. 32.

(2) Calmeil, De la Folie, p. 8.

10 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

Les Ursulines avaient eu d'abord comme aumô- mer un prêtre du nom de Moussaut.

On a écrit qu'à sa mort, Urbain Grandier avait exprimé le désir de lui succéder, sans résilier pour cela ses fonctions de curé de Saint-Pierre, et qu'on lui préféra l'abbé Mignon, chanoine de Sainte-Croix et son ennemi personnel.

Quoi qu'il en soit, au printemps de 1632, on parla vaguement de faits extraordinaires dont le couvent des Ursulines était, disait-on, le théâtre.

« Les religieuses se plaignaient d'être obsédées, la nuit, par des spectres. Un de ces fantômes avait parlé à une jeune sœur en termes obscènes. D'autres avaient reçu des coups dans l'obscurité et en mon- traient les marques. Tous ces désordres, causés probablement par de simples accès de somnambu- lisme survenus à l'une des religieuses, fait observer Louis Figuier que l'idée d'une intervention supra- naturelle horripile, étaient attribués par elles à un revenant {!). »

Mis au courant de ce qui se passait. Mignon trouva que la chose était grave.

Quelques écrivains ont traité ce prêtre d'halluciné. A les en croire, il avait une tendance à voir une intervention diabolique dans tous les événements dont l'explication lui échappait.

Sans être un prêtre éminent, Mignon valait mieux que la réputation qu'on s'est plu à lui faire. Ceux qui nous le représentent comme un être borné et supers- ,titieux calomnient sa mémoire.

Après un examen f^érieux des faits, il demanda à l'ordinaire l'autorisation de procéder à des exor- cismes.

N'ayant obtenu aucun résultat, il fît appel à un prêtre de ses amis, l'abbé Barré, curé de Saint- Ci) Louis Figuier, Histoire du Merveilleux, t. I, p. 87.

ET URBAIN GRANDIER 11

Jacques de Chinon. Pierre Barré était quelque peu entiché de diablerie. Il n'hésita donc \^.ias à prêter son concours à Mignon.

Pour donner plus de solennité à son entrée à Loudun, il se fit accompagner processionnellement par ses paroissiens.

Aidés de quelques Carmes, Mignon et Barré exorcisèrent d'abord secrètement les religieuses possédées.

Mais l'arrivée du curé de Saint-Jacques avait trop fait de bruit pour que la population restât longtemps ignorante de l'état dans lequel se trouvaient les Ursu- lines. Les exorcistes durent donc, au bout de quelques jours, aviser les magistrats de la ville.

Guillaume de Cérizai de la Guérinière, bailli du Loudunois, et Louis Chauvet, heutenant civil, se rendirent au couvent.

Barré vint les recevoir à la grille et leur fit un récit succinct des phénomènes qu'il avait constatés.

« Nos religieuses, dit-il, ont été obsédées, pendant huit à dix jours, de spectres et de visions épou- vantables. La supérieure et deux sœurs ont été visiblement possédées jusqu'à ce que, par mon ministère, celui du chanoine Mignon et de quelques Carmes, le démon ait été expulsé de leur corps. Mais, dans la nuit d'hier, la supérieure et une sœur laie ont été tourmentées de nouveau. Interrogés pendant les premiers jours, les démons sont restés muets ; mais ils viennent enfin de parler. Ils décla- rent que le mal est arrivé par deux pactes, dont l'un a pour marque trois épines, et l'autre un bouquet de roses. Le démon qui possède la supérieure s'appelle Astaroth et se dit l'ennemi de Dieu ; celui de la sœur laie s'appelle Sabulon (1). »

(1) Louis Figuier, Histoire du Meroeilleua:, t. I, p. 87

12 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

Mais avant d'aller plus loin, entrons dans quelques explications qui nous semblent nécessaires.

L'auteur de V Histoire des diables de Loudun, le protestant Aubin, a prétendu que les Ursulines faisaient partie d'un complot tramé par les ennemis d'Urbain Grandier, et qu'à l'instiuation de Mignon, leur aumônier, elles avaient oué le rôle de possédées et accusé le curé de Saint-Pierre d'être l'auteur de leur possession.

L'accusation ne tient pas debout.

On a dit é^alemont que Grandier, en jetant un sort aux Ursulines, avait voulu se venger d'elles, parce qu'elles avaient refusé de l'agréer comme directeur.

Cette assertion paraît tout aussi inexacte que la précédente. Lors de la confrontation du curé de Saint- Pierre avec les rel'gieuses, ces dernières déclarèrent ne l'avoir jamais vu jusque là. D'autre part, le Père Tranquille, un des exorcistes, a affirmé dans ses écrits que Grandierne s'était jamais occupé des affaires des Ursulines.

Quant à la comédie qu'auraient jouée ces reli- gieuses, voici ce qu'en a écrit le docteur Bertrand, un bon juge s'il en fût :

« Il n'y eut pas sur l'affaire de Grandier la même unanimité d'opinion dans le public que parmi les juges... Tandis que les catholiques voulaient à tout prix voir des miracles dans ce que faisaient les religieuses, les protestants, qui n'étaient pas comme eux témoins de tous les exorcismes, prétendaient que tout ce qui se passait n'était qu'un jeu pour faire périr le malheureux Grandier, que les juges étaient gagnés, que les exorcistes étaient des scélérats et que les religieuses ne faisaient que répéter en public une comédie qu'on leur avait fait étudier longtemps à l'avance. Cette dernière opinion est celle qu'on a conservée sur cette malheureuse

ET URBAIN GRANDIER 13

affaire, surtout depuis la publication de Vlllsloire des diables de Loudiin... J'ai dit plus haut quelle confiance on peut accorder à cet historien qui écrivit près d'un siècle après l'événement, et je crois avoir prouvé combien ses conjectures hasardées, sans preuves, sont absurdes. Que Laubardemont soit entré dans un complut infâme pour faire périr un innorent, je le veux bien. Que les douze juges fussent aussi daiis le complot, je l'accorderai encore, quoiqu'il soit bien difficile de concevoir comment douze juges (choisis paraii les grands hommes de bien de la province) auraient pu se rendre coupables d'une pareille horreur ; mais que les religieuses soient entrées dans ce complot, c'est ce que ma raison se refuse à croire. Jamais on ne me persua- dera que, dans une communauté peu nombreuse, on ait trouvé huit femmes, huit jeunes filles aussi endurcies dans le crime... »

Le docteur Bertrand démontre ensuite l'impossi- bilité de cette comédie sacrilège en se plaçant à un autre point de vue.

« Il aurait fallu, dit-il, que de longue main elles eussent étudié la langue latine pour répondre aux questions qui leur étaient posées dans cette langue. Il aurait fallu qu'elles se lussent étudiées longtemps à l'avance à feindre ces épouvantables convulsions... que les plus habiles saltimbanques ne sauraient imi- ter... Or, imagine-t-on rien de plus horrible que l'infernal rassemblement de huit femmes s'exerçant en secret à la plus épouvantable comédie V Pour- quoi ? Pour conduire à une mort cruelle un mal- heureux prêtre innocent qu'elles n'avaient aucun intérêt à faire périr... Une pareille horreur ne se conçoit pas dans la nature... On répugnerait à la supposer dans un seul homme mù par le plus grand intérêt, — comment l'imagine-t-on dans huit femmes, huit jeunes filles ?... Il résulte pour moi,

14 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

de l'ensemble de ces considérations, une preuve morale si forte que mon esprit se refuse absolument à aller contre ce qu'elle établit (1). »

Le même auteur reconnaît, en outre, avec sa bonne foi habituelle, que ces malades — c'est ainsi qu'il qualifie les religieuses soumises aux exorcismes — réunissaient en elles tout ce qui, d'après les théologiens, caractérise la possession diabolique.

Le docteur Calmeil ne raisonne pas autrement que son docte confrère.

« Les écrivains protestants, dit-il, ont soutenu que ces religieuses s'entendaient avec les ennemis d'un homme dont on avait décidé la perte, et qu'elles n'avaient jamais éprouvé les symptômes d'une véritable monomanie convulsive. Cette

CALOMNIE EST RÉFUTÉE PAR LE SEUL EXPOSÉ DES

FAITS, quelque défigurés qu'ils soient dans les récits des exorcistes et dans tous les mémoires qui traitent de l'affaire d'Urbain Grandier (2). »

Comme le docteur Bertrand, le savant mani- graphe défend les Ursulines contre les imputations odieuses des écrivains protestants. Mais il n'est plus d'accord avec lui, quand il s'agit d'indiquer le genre de maladie dont elles étaient atteintes. Le premier nous parle d'extase naturelle et le second de monomanie eonvulsive. Lequel des deux a raison ? Beaucoup de gens penseront, comme nous, qu'ils ont tort l'un et l'autre.

Faisons remarquer encore que le docteur Bertrand ne met en doute ni l'exactitude, ni la bonne foi des exorcistes et des témoins, tandis que le docteur Calmeil les accuse d'avoir défiguré les faits dans leurs récits et les mémoires qui traitent de l'affaire.

L'accusation est d'autant plus regrettable qu'elle

(1) Docteur Bertrand, De l'Extase, p. 346.

(2) Calmeil, De la Folie, p. 8.

ET URBAIN GRA.NDIER 15

ne s'appuie sur rien. Ajoutons que le docteur Calmeil la formule, après avoir proclamé la bonne foi de ceux qu'il met en cause. Comment expliquer une pareille contradiction chez un homme de cette valeur ?

a Ne serait-ce pas, écrit M. de Mirville, parce que ces quelques inexactitudes gêneraient tant soit peu vos théories, et qu'après avoir blâmé cette méthode chez les autres, vous n'accepteriez, à votre tour, que des faits qui vous paraîtraient acceptables ? Il n'y a pas de milieu cependant ; quand il s'agit de faits qui durèrent six ans, à la clarté du soleil et en présence de plusieurs milliers de témoins, il faut supposer ou l'artifice dans leur production, comme l'ont fait les protestants, ou la sincérité des juges et la fidélité des rédacteurs. Or, puisque vous déclarez souverainement absurde la supposition d'artifice, acceptez bravement, comme votre célèbre confrère, la fidélité d'un compte rendu signé par cette masse de témoins réhabilités par vous-même (1). »

Disons, à la décharge du docteur Calmeil, qu'a- près avoir écrit que les exorcistes avaient défiguré les faits, il les rapporte lui-même sans leur faire subir de sérieuses modifications. Il se contente de passer sous silence ceux qui le gênent le plus dans l'exposé de ses théories.

Ne pouvant donner des phénomènes qu'il énumère une explication vraiment acceptable, il laisse tom- ber de sa plume cette réflexion beaucoup trop dédaigneuse pour être la fidèle expression de sa pensée : « Aujourd'hui la puissance magnétique détermine une partie des effets dont on prétendait alors rendre le démon responsable (2). »

(1) Mirville, Des esprits et de leurs manifestations fluidiques, p. 132.

(2) Calmeil, ibid.

16 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

« A merveille, riposte M. de Mirville ; mais auparavant il eût fallu nous dire ce que c'est que la puissance magnétique^ car nous ne sortons pas des pétitions de principes (1), »

D'aucuns prétendent qu'entre une intervention diabolique et le magnétisme, auquel, soit dit en passant, le docteur Calmeil ne croyait guère, quoi- qu'il s'en servît, en la circonstance, comme d'un argument à l'appui de sa thèse, il y a un lien de parenté plus étroit qu'on ne le pense.

III

Une parenthèse en deux parties. — Les Esprits, les Pères et les docteurs. — Le Rituel. Les faits. Le Diable existe.

Bon nombre de ceux qui raisonnent sur le magné- tisme manquent de certaines notions pour le faire en pleine connaissance de cause. Ils oublient géné- ralement — si jamais ils l'ont su — ce que l'Eglise nous enseigne sur les êtres invisibles qui nous envi- ronnent et à l'influence desquels il nous est difficile d'échapper.

Le docteur Brière de Boismont a dit que les « idées folles voltigent autour de nous, semblables à ces in- sectes qu'on voit tourbillonner par milliers, dans une belle soirée d'été (2). »

Des idées folles supposent la raison, mais une raison dont l'équilibre est momentanément rompu ou en danger de se rompre par le fait de mystérieuses influences.

De là à penser avec saint Augustin que « les dé- mons sont tombés des plus hautes demeures du ciel

(1) De Mirville, ibid.

(2) Brière de Boismont, Des hallucinations

ET URBAIN GRANDIER 17

dans les bas-fonds de notre ténébreuse atmo- sphère » (1), il n'y a qu'un pas.

« Ces esprits, écrit saint Hilaire, sont si nombreux et si forts, que sans la grâce de Dieu, que sans les anges préposés au soutien de notre faiblesse, rien en nous ne pourrait résister à cette formidable conju- ration de ruines et de haines (2). »

« Revêtez-vous des armes que Dieu vous donne, lisons-nous dans TEpître de saint Paul auxEphésieus, afin de triompher des embûches et des artifices du démon. Vous avez à combattre non pas contre les hommes de chair et de sang, mais contre les princi- pautés et les puissances infernales, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice t'épandus dans l'air (3). »

Saint Pierre n'est pas moins explicite :

« Soyez sobres et veillez, dit-il, car le démon tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant quel est celui qu'il pourra dévorer (4). »

Bossuet, qui n'a jamais passé, que nous sachions, pour un esprit faible, s'exprime ainsi dans son pre- mier sermon sur les démons :

« Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'es- prits malfaisants que nous appelons démons, outre le témoignage éclatant des Ecritures divines, c'est une chose qui a été reconnue par le consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance, ce sont les effets extraordinaires et prodigieux qui ne pourraient être rapportés qu'à quelques mauvais principes, et à quel- que secrète vertu, dont l'opération fut maligne et pernicieuse. Et cela se confirme encore par cette noire

(1) Enchiridion, ch. xxvni.

(2) Saint Hilaire, In psalm, ch. xvi. — Id. In psalm, ch. xi. (3 Saint Paul, Epître aux Ephésiens, ch. vL

(4) Saint Pierre, 1" Epître, ch. v, v. 8.

LKS POSSÉDÉES DE LOUDUN S

18 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

science de la magie à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont adonnées dans toutes les par- ties de la terre. »

« La subtilité de ces esprits, fait observer Tertul- lien, leur donne une merveilleuse aptitude à pe/ié^rer la double substance de l'homme (1). »

Nous trouvons, dans le livre des Machabées, une démonstration irréfutable de l'existence des esprits, bons ou mauvais, et des manifestations auxquelles ils se livrent parfois.

« En ce temps-là, dit l'historien sacré, Antiochus Epiphane ?e préparait pour faire une seconde fois la guerre en Egypte.

« Or il arriva que l'on vit dans toute la ville de Jé- rusalem, pendant quarante jours, des hommes à cheval qui couraient en l'air, habillés de drap d'or et armés de lances, comme des troupes de cavalerie.

« Des chevaux rangés par escadrons qui cou- raient les uns contre les autres ; des combats de main à main ; des boucliers agités ; une multitude de gens armés de casques et d'épées nues ; des dards lancés, des armes d'or toutes brillantes, et des cui- rasses de toutes sortes.

« C'est pourquoi tous priaient que ces prodiges tournassent à leur avantage (2). »

Mais c'était là les signes avant-oureurs d'un affreux désastre. Jason, qu'Antiochus avait dépouillé de la souveraine sacrificature, profita du bruit qui avait couru de la mort de ce prince pour s'en remettre en possession. Ayant donc pris mille hommes avec lui, il s'empara de la ville et la remplit de sang et de carnage.

Les esprit forts, qui ne soct le plus souvent que

(1) Tertullien, Apolog., ch. xxm.

(2) Mach., 1. II, ch. v.

ET URBAIN GRANDIKR 19

de pauvres intelligences, ne manqiieronfpasdenous dire : « Vous croyez donc au diable ? »

Voici notre réponse ; elle sera aussi nette que pos- sible : Nous croyons au démon d'une foi très vive. Savez-vous pourquoi ? Parce que si on supprime le démiin, l'édifice religieux s'écroule tout entier.

Vous prétendez que Satan est un mythe ? Mais alors la chute originelle n'est plus qu'une légende.

Si la chute originelle n'est qu'une légende, il faut biffer l'Incarnation du Verbe et la divinité de Jésus- Christ. Si Jésus-Christ n'est pas le Fils de Dieu, l'Evangile est un vulgaire roman. Mais si l'Evan- gile est un roman, l'Eglise catholique et les commu- nions chrétiennes dissidentes doivent être considérées comme des institutions purement humaines, sans valeur dogmatique, sans autorité morale.

Seule la croyance en Dieu échappera au naufrage. Or., ce Dieu ne ressemble guère à celui des chrétiens. Relégué dans les profondeurs de son éternité, il laisse à chacun le soin de se conduire comme il l'entend et de se tirer d'affaire au petit bonheur. Quant au dogme des peines et des récompenses, il ne saurait en être question.

Ce que nous disons du Christianisme s'applique aux autres religions, car toutes ont pour base la dé- chéance originelle de l'humanité, déchéance en de- hors de laquelle le culte extérieur et le culte intérieur, les sacrifices sanglants et non sanglants n'ont au- cune raison d'être.

Qu'on ne nous parle pas de fautes personnelles à expier. Toute faute suppose la préexistence d'une loi morale. Or, si vous supprimez le démon, et par voie de conséquence, la chute originelle et la révé- lation qui en a été la suite logique, où trouverez- vous le code qui renferme cette loi V

Dans le témoignage de la conscience ? Mais, la conscience, livrée à elle-même, peut-elle nous faire

20 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

distinguer le bien du mal, le juste de l'injuste, le bien et le mal, le juste et l'injuste n'existant pas, faute de la loi morale qui établit cette distinc- tion?

Est-ce que, parmi les sectateurs d'une même reli- gion, tous apprécient les choses de la même ma- nière? Est-ce que la conscience n'est pas faussée le plus souvent par les préjugés, par le milieu dans lequel on vit, par les exemples que l'on a sous les yeux, par les passions auxquelles on se livre, par les entraînements aveugles du cœur, par le tempé- rament dont la nature nous a doués et que nous n'avons pas su ou voulu combattre ? La conscience du catholique diffère de celle du musulman, et celle du musulman ne ressemble point à celle du sauvage de la Terre de Feu. Les grands principes de morale sont à peu près les seuls qui soient connus sinon respectés de ceux qui sont nés et ont vécu dans une des religions positives qui se partagent le monde et enseignent l'existence de Dieu et du démon, des bons et des mauvais génies.

Enfin nous croyons au diable parce que tous les peuples y ont cru, et que si le diable n'existait pas, le monde deviendrait pour le savant comme pour l'ignorant une énigme indéchiffrable.

Mais si le démon existe, si l'air dans lequel nous /ivons est peuplé d'esprits déchus, il est évident de toute évidence qu'entre ces esprits-ià et nous il existe des rapports dont le mode nous échappe, mais qu'il est difficile de nier.

Les enseignements de l'Eglise à l'endroit de cette question ne laissent prise à aucun doute.

Bornons-nous, pour ne pas être trop long, à inter- roger le rituel catholique, et nous serons pleinement édifiés.

Voici, par exemple, la formule dont se sert le prêtre pour faire l'eau bénite :

KT URBAIN GRANDIER 21

« Créature du sel, je t'exorcise au nom du Dieu vivant... Deviens la santé de rame et du corps ! Par- tout où tu seras jetée, que YEsprit immonde soit mis en fuite ; que tout caprice, que toute ruse, que toute malice du diable s'évanouisse. »

Puis, se tournant vers l'eau, le prêtre poursuit en ces termes :

« Créature de l'eau, au nom du Dieu tout-puis- sant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, sois exor- cisée. Reçois la puissance de mettre en fuite l'enne- mi, de l'arracher, de le déraciner lui-même, non moins que ses anges apostats... Seigneur, que cette créature de l'eau, qui sert à vos mystères, ait la puissance de cha'<ser les démons et de mettre en fuite les maladies. Sur quelque maison, sur quelque lieu appartenant aux fidèles que vienne à tomber cette eau, faites que toute impureté disparaisse, faites que V Esprit de peste et que le souffle de sa corruption cesse d'y résider ! Arrière tous les pièges \enà\i% par l'ennemi (\u\ se cache! Arrière tout ce qui peut nuire au repos et à la santé des habi- tants !

« Seigneur, vous qui brisez les forées de la puis- sance rebelle ; Seigneur, vous qui domptez la fureur de Dotre ennemi rugissant, faites que toute asper- sion de ces créatures du sel et de l'eau repousse les assauts de l'esprit immonde., et chasse au loin la terreur que répand le serpent venimeux ! »

La bénédiction des cierges n'est pas moins carac- téristique. Lisez plutôt :

« Seigneur, bénissez ces lumières... partout où elles seront allumées ou placées, que les princes des ténèbres se retirent ; qu'ils tremblent frappés de ter- reur, eux et leurs ministres ; qu'ils fuient de ces demeures, qu'ils n'aient plus l'insolence de troubler ou de molester vos serviteurs. »

Citons encore les règles que l'Eglise trace aux

22 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

exorcistes, quand ils sont en présence d'une posses- sion diabolique :

« L exorciste, dit le Rituel, portera son attention sur les ru?es, sur les fourberies dont usent les dé- mons afin de donner le change. Car une de leurs habitudes est d'entasser les mensonges et de ne se manifester qu'avec peine, à seule fin de rebuter l'exor ciste par la fatigue, ou bien pour que la personm qu'ils possèdent semble ne pas être possédée. Qufe l'exorciste évite les vaines questions, qu'il réprime ou méprise les rires, les scurrilités, les facéties du démon ; etc. .. »

Viennent ensuite les formules de l'exorcisme, formules que nous ne rapporterons point ici, car elles n'ajouteraient rien à la preuve que nous venons de faire.

On ne peut nier le fait des possessions diaboliques sans méconnaître i autorité doctrin.ile de l'Eglise, et sans refuser à l'Evangile toute valeur historique, car, à chaque page du livre inspiré, nous voyons le Sauveur user de sa puissance pour chasser les dé- mons du corps de ceux qu'ils tourmentaient.

Les représentants de la science moderne, qui ont la prétention de tout expliquer scieniifiquement, donnent à ces faits de possession démoniaque le nom de mononianie religieuse^ et se flattent d'avoir ainsi résolu le prol>lème.

Nous nous demandons, et beaucoup se demande- ront après nous, s'il est possible de se contenter d'une démonstration qui ne démontre rien, puis- qu'elle se borne à classer les possédés, au sens ca- tholique du mot, parmi les monomaties, expression vague, élastique et sonore dont se ser-vent les sacanit pour voiler la pauvreté de leurs systèmes.

Nous serions tenté de dire qu'entre le démoniaque

ET URBAIN GRANDIBR 23

et le docte personnage qui a la prétention d'en faire un vulgaire malade, le plus monomane des deux n'est pas celui qu'on pense.

« Aujourd'hui, écrivait le docteur Calmeil, dans son ouvrage sur la FoUe^ les ecclésiastiques qui font la traversée des mers pour aller répandre les lu- mières de la foi jusque dans les déserts du Nouveau- Monde, sont souvent très surpris de rencontrer des énergumènes parmi les néophytes dont se compose leur nouveau troupeau, tandis qu'il est rare, de leur propre aveu, que le démon prenne à présent posses- sion des fidèles au sein de la mère-patrie. La lettre que je vais ra;; porter et qui fut adressée à Winslow (célèbre médecin) en 3738, par un digne mission- naire, prouve que le délire de la démonopathie peut devenir partout le partage des âmes faibles et timo- rées. »

Le Délire de la démonopathie ! Des mots, tou- jours des mots ! C'est par des mots d'un vide déses- pérant que le docteur Calmeil croyait pouvoir expli- quer les phénomènes constatés dans le récit du missionnaire, récit dont il ne songe pas, d'ailleurs, à contester Texactitude.

« Je ne puis enfin me refuser à votre empresse- ment, écrit le mis'^ionnaire au docteur Winslow, d'avoir par écrit le détail de ce qui s'est passé au sujet du Cochinchinuis possédé, dont j'ai eu l'hon- neur de vous parler. L'an 1733, environ au mois de mai ou de juin, étant dans la province de Cham^ royaume de Cochinchine, dans l'église d'un bourg qu on nomme Chéta^ distant d'une demi-lieue envi- ron de la capitile de la province, on m'amena un jeune homme de 18 à 19 ans, chrétien... Ses parents me dirent qu'il était possédé du démon... Un peu incrédule, je pourrais même dire à ma confusion, trop pour lors^ à cause de mon peu d'expérience^ dans ces sortes de choses, dont je n'avais jamais eu

24 LES Possédées de loudun

d'exemple et dont néanmoins j'entendais souvent parler aux chrétiens, je les questionnai pour savoir s'il n'y aurait pas de la simplicité ou de la malice dans le fait. Voici ce qu'ils me dirent... »

Suit le récit des parents. Le jeune homme, après avoir fait une communion sacrilège, avait disparu. Retiré dans les montagnes, il se livrait à toutes sortes d'extravagances et ne se nommait plus lui- même que le traître Judas.

« Sur cet exposé, reprend le missionnaire, et après quelques difficultés, je me transportai dans l'hôpital où était ce jeune homme, bien résolu à ne rien croire, à moins que je ne visse des marques au-dessus de la nature ; et, au premier abord, je l'interrogeai en latin dont je savais qu'il ne pouvait avoir aucune teinture. Etendu qu'il était à terre, bavant extraordinairement, et s'agitant avec force, il se leva aussitôt sur son séant et me répondit très distinctement : Ego nescio loqui latine (je ne sais pas parler latin). Ma surprise fut si grande que, tout troublé, je me retii-ai épouvanté, sans avoir le courage de l'interroger davantage.

« ... Toutefois, quelques jours après, je recom- mençai par de nouveaux commandements proba- toires, observant toujours de lui parler latin, que le jeune homme ignorait ; et, entre autres, ayant com- mandé au démon de le jeter par terre sur-le-cham[), je fus obéi dans le moment ; mais il le renversa avec une si grande violence, tous ses membres tendus et raides comme une barre, qu'on aurait cru, par le bruit, que c'était plutôt une poutre qu'ua homme qui tombait... Lassé, fatigué de sa longue résistance, je pris la résolution de faire un dernier effort , ce fut d'imiter l'exemple de Mgr Tévêque de Tilopolis en semblable occasion. Je m'avisai donc, dan^ un exorcisme, de commander au démon, en laitri, de le transporter au plancher de l'église, les

ET URBAIN GRANDIBR 25

pieds les premiers, et la tête en bas. Aussitôt son corps devint raide, et, comme s'il eût été impotent de tous ses membres, il fut traîné du milieu de l'église à une colonne, et là, les pieds joints^ le dos collé à la colonne, sans s'aider de ses mains^ il fut transporté en un clin d'œil au plancher, comme un poids qui serait attiré d'en haut avec vitesse sans qu'il parut qu'il agît. Suspendu au plancher, les pieds collés et la tête en 6as, je fis avouer au démon, comme je me l'étais proposé, pour le confondre, l'humilier et l'obliger à quitter prise, la fausseté de la religion païenne. Je lui fis confesser qu'il était un trompeur, et en même temps je l'obligeai d'avouer la sainteté de notre religion . Je le tins plus d'une demi-heure en l'air, et n'ayant pas eu assez de cons- tance pour l'y tenir plus longtemps, tant j'étais effrayé moi-même de ce que je voyais, je lui ordon- nai de le rendre à mes pieds sans lui faire du mal... Il me le rejeta sur-le-champ comme un paquet de linge sale sans l'incommoder, et depuis ce jour-là mon énergumène, quoique pas entièrement délivré, fut beaucoup soulagé ; chaque jour, ses vexations diminuaient, mais surtout lorsque j'étais à la mai- son, il paraissait si raisonnable qu'on l'aurait cru entièrement libre...

« Il resta l'espace d'environ cinq mois dans mon église, et au bout de ce temps il se trouva enfin délivré, et c'est aujourd'hui le meilleur chrétien peut-être qu'il y ait en Cochinchine. »

Comprenant que pour expliquer le fait qu'on vient de lire, il ne suffisait pas de le qualifier de délire démonopathique, le docteur Calmeil ajoutait :

« On doit savoir gré au frère Delacour de n'avoir pas gardé le silence sur ce prétendu fait de posses- sion, car ce missionnaire a décrit, à son insu, les phénomènes de la monomanie religieuse, et il est clair pour tout le monde aujourd'hui qu'il n'a exorcisé

26 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

qu'un homme atteint de délire... Espérons qu'une méprise pareille ne sera plus commise par les ecclé- siastiques qui se vuuent aux missions (1). »

Et voilà pourquoi votre fille est muette.

Il faut avouer que l'explication du docteur Calmeil laisse par trop à désirer.

Singulier délire que celui qui donne à un Cochin- chinois la faculté de parler latin, bien que cette langue lui soit parfaitement inconnue ! Grimper jusqu'au plafond d'une église , les pieds joints, le dos contre une colonne, et sans s'aider des mains, y rester suspendu, la tête en bas, et, dans cette position, qui n'a rien de commode et qu'aucune loi ne peut explir[uer, discuter pendant une demi-heure avec un interlocuteur auquel on donne la réplique en une langue dont on n'a jamais su le premier mot ; retomber en bas comme un sac de ferraille ou un paquet de linge sale, sans se faire le moindre mal, et sans que le pouls soit plus agité que de coutume, voilà ce que nos savants appellent une monomanie religieuse. De pareilles théories se réfutent d'elles-mêmes. Que dis-je ? Le docteur Calmeil se borne à classer le fait qu'il rapporte parmi les monomanies, sans même tenter de donner une explication quelconque des phénomènes que décrit le missionnaire. Magister dixit : La Faculté a prononcé, faites un acte de foi. Evitez surtout, si vous ne voulez pas être éconduits, de poser la moindre question indi^^crète. Aux demandes d'éclair- ci>;sements que vous formulerez, on vous répondra : Délire de la démonopathie ! Monomanie religieuse ! Le docteur Bertrand se serait contenté de dire : Extase naturelle !

C'est ainsi que, de nos jours encore, on a la pré- tention de démontrer qu'il n'y a plus de mystères, le

(1) De la Folte, p. 424.

ET URBAIN GUANDIER 27

flambeau de la science ayant enfin dissipé les ténè- bres du cléricalisme.

Des faits du genre de celui que nous venons de rapporter ne sont point rares en Orient.

« Vous devriez bien m'accompagner en Chine, disait Mgr Favier, évêque de Pékin, à M. Gaston Mérv, directeur de VEcho du Merveilleux et rédac- teur à la Lihre Parole. C'est là que vous en verriez, du merveilleux ! On en rencontre à chaque pas. D'ailleurs, on Ta dit, la Chine est le pays des diables. Oui, venez, ce n'e^^t pas loin (1). »

Inutile de faire observer que Mgr Favier n'est pas le premier venu. Pas plus que nos besux esprits, naguère l'ornement du Quartier Latin, docteurs en droit ou virtuoses du bistouri, il n'est homme à se payer de mots. S'il admet le mer- veilleux, y compris les obsessions et les possessions, c'est qu'il y a de tout cela dans les contrées qu'il évangélise.

Nous apportons tous, en venant au monde, des inclinations mauvaises — triste héritage de la faute originelle — que nous devons combattre avec l'aide de Dieu. Ces inclinations, l'Eglise catholique les divise en sept classes qui constituent ce que le catéchisme désigne sous le nom de péchés capitaux. Toutes les fautes, tous les crimes que l'homme commet se rattachent à l'une de ces catégories.

Nous ne sommes pas également enclins à toutes les passions. Les uns sont portés à l'o^^gneil, les autres à la colère, ceux-ci à la cupidité, ceux-là aux plaisirs sensu Is.

Le démon, qui connaît notre côté faible, agit en conséquence. Sa tactique est celle de l'ennemi qui assiège une place.

Quand l'homme veut se corriger d'un vice domi-

(1) Libre Parole, numéro du 12 février 1901.

28 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

nant ou d'une tendance mauvaise plus caractérisée que les autres, il a à lutter contre lui-même et contre l'ennemi qui se fait de ce vice ou de cette tendance un puissant auxiliaire.

L'obsession se manifeste de deux manières absolument distinctes :

Parfois, le démon se plaît à persécuter certaines âmes d'élite. A ce genre d'obsession se rattachent ce qu'on a appelé la tentation de saint Antoine et les molestations auxquelles fut longtemps en butte le Vénérable curé d'Ars.

Plus fréquemment l'obsession se produit sous la forme d'une tentation proprement dite, tentation dont la violence et la persistance s'appliquent à un seul et même objet, et affaiblissent dans des propor- tions plus ou moins sensibles la liberté morale de l'homme et sa responsabilité devant Dieu.

Le fait que nous allons citer fera mieux compren- dre que toutes les explications que nous pourrions donner ce genre d'obsession.

Il s'agit d'un père honnête et laborieux qui est tenté de tuer son enfant, qu'il aimait beaucoup, et qui finit, en effet, par le tuer.

Voici textuellement les explications qu'il a don- nées de son acte :

« La nuit de mon crime, dit-il, je ressentis une anxiété si grande que je tremblais de tout mon corps. Je ne puis concevoir comment j'ai pu com- mettre un crime si atroce ; j'éprouvais une agitation, un trouble tels, dans ma tête, et quelque chose de si irrésistible en moi, que j'ai été obligé d'exécuter l'action. J'étais à jeun, je n*étais pas malade : Je ne m'explique donc pas comment j'ai pu être frappé d'un si grand malheur. J'ai déjà eu deux fois cette horrible envie de tuer mon enfant ; la première ce fut six semaines avant Pâques de cette année. Pendant que l'hiver dernier, j'étais occupé dans ma

ET URBAIN GRANDIER 29

chambre à fabriquer un traîneau. Mon fils, comme de coutume, jouant près de moi, monta sur mon dos et me prit par le cou. Ma femme, croyant que l'enfant m'empêchait de travailler, l'appela ; mais je l'aimais tant, que je souffris patiemment ses espiègleries, et que je le pris sur mes genoux pour plaisanter avec lui. Dans ce moment même, je crus entendre une voix intérieure qui me dit : « Tu as beau faire, il faut que ce garçon périsse ; il faut que tu l'assommes. » Je fus saisi d'une anxiété si extrême, qu'elle fit trembler mon cœur, et, pour me délivrer de cette horrible pensée, je déposai brus- quement l'enfant à terre, sortis de la chambre et allai au mouUn, où je restai jusqu'au soir et jus- qu'à ce que mes mauvaises pensées fussent passées.

« Le second accès eut lieu un matin, peu de jours avant Pâques. J'étais encore couché près de mon fils ; ma femme était occupée à son ménage. Mon fils me demanda du pain ; je lui donnai de la galette qui lui fit grand paisir et qu'il mangea avec avidité. A ce moment où je contemplais cet enfant avec un sentiment de tendre affection, je crus encore entendre une voix intérieure qui me disait tout bas : « Il faut tuer ton fils. » Je frémis de moi-même ; j'éprouvai de violentes palpitations, une sorte d'oppression dans l'intérieur de la poitrine, qui me firent sauter, plein de terreur, à bas de mon lit et courir hors de la maison. Je commençai à réciter mes prières, à aller à l'écurie, m'occupai de divers travaux et fis tout mon possible pour chasser l'idée funeste qui m'obsédait. Je réussis, en effet, à redevenir mon maître, à recouvrer ma tranquillité d'esprit et à m'amuser avec mon enfant. Cependant ma tristesse et mon anxiété se prolongèrent jusque vers midi. »

Nous empruntons ces détails à M. de Mirville, qui les fait suivre de cette observation :

30 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

« Ne perdons jamais de vue ce consolant aveu : Vêtais redevenu mon maître. Il l'est redevenu deux «is ; nul doute qu'il n'eût pu le redevenir une troi- aème. Le libre arbitre est donc sauvé, et quoique surhumaine^ pour parler comme l'Apôtre, la tenta- tion ne dépassait pas absolument les forces, au moins jusqu'à l'accomplissement du forfait, c'est- à-dire jusqu'à ce moment fatal où l'homme n'étant plus lui, n'est pas plus responsable de ses actes que le malheureux hydrophobe qui, sans folie, se jette avec fureur sur ses amis les plus chers (1). »

Ajoutons que ce malheureux père réussit deux fois à triompher de l'obsession par la fuite et la prière. Fuir et prier : tel est en deux mots le conseil que l'Eglise donne à ceux qui veulent éviter le péché, alors même que la tentation n'atteint pas ce degré d'intensité.

Si l'obsession, prise dans le sens du fait que nous venons de relater, diminue la liberté morale de l'obsédé, il n'en est pas de même de la possession.

Le démon s'installe dans le corps du possédé et exerce sur lui diverses opérations, dont ce dernier ne conserve aucun souvenir, la crise une fois passée.

Démoniaque, possédé, énergumène, ensorcelé ou maléficié sont autant de mots dont on a coutume de se servir dans le langage courant pour désigner une seule et même chose. Mais, pour le théologien, ces mots ne sont pas absolument synonymes. — L'éner- gumène est celui que l'ange des ténèbres contracte l'habitude de travailler. Le démoniaque n'est que partiellement assujetti au démon. Enfin, on entend par maléficié {malefaeiati) ou ensorcelé le possédé dont la possession provient de la malice humaine.

(11 De Mirville, De* Esprits et de leurs manifestations Jtuidi- ques, p. 311 et 312.

BT URBAIN GRANDIER 31

Le démon obséda extérieurement le saint homme Job, et intérieurement le père de famille dont nous venons de raconter la lamentable histoire ; mais il posséda Saùl, comme ceux que le Sauveur délivra pendant le cours de sa vie mortelle.

La possession est parfois une épreuve dont les justes ont à souffrir. On sait que le Père Surin sen- tit à Loudun les attaques du démon qui le renversa deux fois avec violence. Forcé de se retirer par l'application qu'on fit au religieux du Saint-Sacre- ment et interpellé par le Père Tranquille qui lui demanda d'où lui venait l'audace de tourmenter le saint laligieux, l'Esprit de malice répondit furieux, en s'adressant au Père Surin lui-même : « C'est pour me venger de toi. »

Il est des cas, au contraire, où les possessions dia- boliques sont un châtiment provoqué par les crimes de ceux qui tombent au pouvoir du démon.

Là où l'Eglise voit des possédé^, les médecins libres penseurs se bornent à voir des fous, qu'ils traitent sans résultat, alors que la prière et les exorcismes leur rendent le calme et la raison.

A Ghéel, en Belgique, on guérit la plupart des fous-furieux en les exorcisant. M. Collin de Plancy en fait l'aveu. Or, on sait que, dans son Dictionnaire infernal^ cet écrivain se plaisait à persifler ceux qui croient aux possessions diaboliques.

Dans une \ isite qu'il fît à l'asile de Ghéel, en 1842, M. le docteur Moreau a eu la sincérité de reconnaître ce même fait qui, dit-il, ne peut être contesté.

A ceux qui nous taxeraient de créduUté nous répondrons avec le baron du Potet dont le nom seul fait autorité en la matière :

« Les plus grands hommes de l'antiquité non seu- lement admettaient ces choses comme possibles, mais ils regardaient comme des êtres inférieurs ceux qui les mettaient en doute.

32 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

« Si j'entrais dans de plus grands détails, on com- prendrait qu'il pourrait bien exister autour de nous, comme en nous-mêmes, un être mystérieux ayant puissance et forme, entrant et sortant à volonté, malgré les portes bien fermées (1). »

Cela dit, revenons à Loudun et voyons si les Ur- sulines étaient vraiment possédées.

IV

Les Ursulines étaient-elles possédées ? — Le furent-elles pat suite de pratiques maginues? — Urbain Grandier fut-il victime d'une erreur judiciaire ?

Dans sa Théologie mystique^ Schram nous dit que les signes les plus évidents de la possession démonia- que existent lorsqu'une personne ignorante s'entre- tient avec compétence et facilité sur un sujet scien- tifique ; lorsqu'elle s'exprime couramment dans une langue qu'elle n'a point apprise ; lorsqu'elle dévoile sans qu'on puisse l'attribuer à sa sainteté, des choses cachées qu'elle ne pourrait savoir naturellement^ ] ourvu, toutefois, que cette révélation ne surpase pas la puissance du démon ; lorsque, sur le com- mandement des exorcistes, et la personne étant ad- jurée au nom de Jésus, il y a obéissance avec ou sans tourments, avec ou sans liberté de tel ou tel mem- bre.

Le Rituel pousse les exigences plus loin.

Voici quels sont les signes qu'il indique comme preuves de la possession :

V Faculté de connaître les pensées non expri- mées;

2° Intelligence des langues inconnues ;

3° Faculté de parler ces langues ;

(1) Du Potct, Magie dévoilée, p. 200, 201.

ET URBAIN fiRANDIKR 23

4° Connaissarivîe des événements futurs et de ce qui se passe dans les lieux éloignés ;

5*^ Développement de forces physiques supérieures;

Q^ Suspension du corps en l'air pendant un temps considérable.

Nous croyons pouvoir affirmer que tous ces phéno- mènes se retrouvent à Loudun d'une manière saisis- sante.

Notre récit s'est arrêté au moment où l'abbé Barré, curé de Saint-Jacques de Chinon, que Mignon avait appelé à son aide, reçut à la grille des Ursulines Guillaume de Cérizai de la Guérinière, bailli du L^u- dunois,et Louis Chauvet, lieutenant civil, venus pour assister aux exorcismes.

Après leur avoir exposé l'état dans lequel se trou- vaient les religieuses. Barré ajouta que, pour le mo- ment, les possédées reposaient, et les pria de remet- tre leur visite à plus tard.

Ces deux personnages se disposaient à rentrer chez eux lorsqu'on vint les avertir que les signes de la possession reparaissaient. Le bailli et le lieutenant civil suivirent donc le curé de Saint-Jacques qui les fit monter dan ; un dortoir garni de sept lits.

Sur un de ces lits était étendue une sœur laie, et sur un autre, la supérieure. Il y avait là, outre les trois personnages que nous venons de désigner, [plu- sieurs religieuses, un prêtre nommé Granger, quel- ques carmes, Mannouri, chirurgien de Loudun, et Mathurin Rousseau, chanoine de Sainte-Croix.

Au moment où les magistrats et l'exorciste firent leur entrée, la supérieure, Jeanne de Belfiel, tomba dans de violentes convulsions.

Mignon commença les exorcismes en langue latine, ainsi que cela doit se pratiquer.

Nous reproduisons les questions qu'il adressa au démon et les réponses qu'il en obtint par la bouche de la possédée.

LES POSSÉDÉES DE LOUDUN S

34 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

D. « Propier quam causam ingressus es in corpiut hujiis virffinis ? (Pour quelle raison es-tu entr6 dans le corps de cette vierge 'i)

R. « Causa animositatis (Par animosité).

D, « Per quod pactum ? (Par quel pacte V)

R. « Per Jlores (Par des fieurs).

D. « Quoles ? (Quelles fleurs ?)

R. « Rasas (Des roses).

D. « Quis misit ? (Qui les a envoyées?)

R. « Lirhanus (Urbain).

D. « Die cognomen (Dis son surnom).

R. « Grandier.

D. « Die qualitatem (Dis sa qualité).

R. « Saeerdos (Prêtre).

D. « Cujus ecclesiœ ? (De qu'-^lle église?)

R. « Sancti Peiri (De Saint-Pierre).

D. « C^î<ft? persona a^ifa/iïy/ores f (Quelle personne apporta les fieurs?)

R. « Diaholiea (Diabolique). »

Il y aurait, croyons-nous, plus d'une observation à faire sur cet interrogatoire. Bon nombre d'écri- vains ont peut-être exagéré la haine de Mignon pour Urbain Grandier, mais il est permis de se demander si en accusant de sortilège le curé de Saint-Pierre, le démon lui causait beaucoup de chagrin, étant donnés les démêlés que ce dernier avait eus avec plusieurs membres de sa famille.

Le Rituel recommande à l'exorciste de se méfier des réponses, Je l'esprit mauvais. Satan est menteur de sa nature et ne dit la vérité que lorsqu'il y est contraint. Or, en lisant ce qui précède, on se de- mande si Mignon a un sr'ul instant mis er doute la sincérité de son infernal interlocuteur.

Pour tout homme qui réfléchit, raccu'=ation diri- gée par le démon contre le curé de Loudun ne prouve pas que ce dei-nier fût coupable.

Dans le dialogue entre Mignon et le démon qui

■El' URBAIN GRANDIER 35

possédait Jeanne de Belfiel il est question d'un pacte où des fleurs ont joué un rôle considérable. Urbain Grandier aurait fait jeter dans le couvent un bou- quet de roses, bouquet fatal qui amena la possession des religieuses et conduisit au bûcher le malheu- reux prêtre.

Dans une seconde séance où le bailli, escorté de son greffier, voulut régler d'office les questions qui seraient adressées aux possédées, on demanda à la supérieure si elle était tombée au pouvoir du démon expacto magi aut ex pura voluntate Dei (Par le pacte d'un magicien ou par la pure volonté de Dieu).

« Non est volantas Dei^ répondit-elle (Ce n'est pas par la volonté de Dieu). »

Il paraît que Barré intervenant, alors que le bailli seul devait [)arler, demanda quel était ce magicien,

« Urbanus (Urbain), dit Jeanne de Belfiel.

« Est-nc t/rôanus papa? (Est-ce le pape Urbain?))) poursuivit l'exurciste.

La possédée répondit : « Grandier. »

Le bailli reprit alors son rôle, que Barré avait un moment usurpé en violation de l'accord intervenu au début de la séance.

Voici quelles furent les questions qu'il posa :

« Cujus regionis est ille magus f (De quel pays est ce magicien V)

« Cenomanensis (Du Mans).

« Cujus diœcesis ? (De quel diocèse ?)

« Pitiaviencis (De Poitiers), »

La netteté des réponses ne laissait rien à désirer. Mais voilà que tout à coup Jeanne de Belfiel rentra dans son état normal. Le démon étant redevenu muet, l'exorciste le somma de répondre. « Pourquoi es-tu entré dans le corps de cette jeunefille? lui deman- da-t-il. (Quare ingressus es in corpus hujus puellœ f)

« A cause de ta présence (propter prœseniiam iuam) », fut-il répondu.

36 LES POSSÉDÉES DB LOUDUN

Barré n'insista pas, craignant peut-être que le dialogue ne tournât d'une façon désagréable.

Les démons, d'ailleurs, semblaient prendre à tâ- che de dérouter les exorcistes, soit au moyen de ijlai- santeries saugrenues, soit en affectant une igno- rance calculée.

Parfois ils faisaient, dans leurs réponses aux questions latines qui leur étaient posées, des solé- cismes »iue démentait la correction habituelle de leur laniiage.

Dans la séance qui précisa celle que nous venons de rappeler, une religieuse nomma plusieurs fois Urbain Grandier, mais en éclatant de rire. Puis, se tournant vers les exorcistes, elle leur dit sur un ton méprisant : « Vous ne faites rien qui vaille. »

Désarçonné par ces facéties, Barré ne sut pas user de son pouvoir, et forcer le démon à changer d'attitude.

Une question se présente ici d'elle-même, ques- tion à laquelle nous croyons utile de répondre avant d''aller plus loin :

La possession peut-elle être le résultat de pra- tiques magiques?

« Que l'exorciste, lisons-nous dans le Rituel, ordonne au démon de dire s'il est détenu dans le possédé par suite d'une opération magique, ou par le fait de ces signes sacramentels qui servent à com- muniquer les sorts et les maléfices, operam magi- eam aut malefiea signa vel instrumenta. Enfin, si quelqu'un de ces signes était avalé par le possédé. qu'on le lui fasse vomir ; et s'ils sont ailleurs, qu'il les découvre et qu'on les brûle (1). »

De là à pouvoir conclure que l'accusation portée par le démon contre le curé de Saint-Pierre était fondée, il y a loin.

(1) Rituel romain, article d«s exorcismes.

ET URBAIN GRANDIER 37

Nous ne voyons pas que les exorcistes aient fait de sérieux efforts pour obliger l'esprit du mal à dire la vérité. Il y avait, semble-t-il, imprudence à se contenter d'une affirmation de celui que l'Eglise appelle le père du mensonge. Satan ne cherchait-il pas, en accusant un prêtre de sortilège, à jeter le trouble dans les âmest

Les faits dont Loudun fut le théâtre se reprodui- duisirent sur plusieurs points de l'Europe. L'épidé- mie démoniaque sévit surtout dans le Brandebourg, en Hollande et en Allemagne, et coïncida avec les progrès du protestantisme. Aussi, a-t-on pu dire avec une certaine raison qu'an moment où Luther parut, l'ange de l'abîme fut déchaîné, et joignit ses efforts à ceux du novateur et de ses disciples, pour assurer le succès de la nouvelle hérésie, en même temps qu'il se plaisait à tourmenter les vierges consacrées à Dieu.

A Uvertel, dans le canton de Boom, une commu- nauté de religieuses fut, comme les Ui-sulines, en butte au'c molestations du démon. De même à Kin- torp, dans le voisinage de Strasbourg, au couvent de Sainte-Brigitte, à Lille et à Cologne, chez les Filles de Nazareth.

Le docteur Calmeil reconnaît que, dans ces divers établissements, comme, d'ailleurs, chez les Ursulines de Loudun, on ne se borna pas à pratiquer des exorcismes. Des médecins de grande réputation furent appelés à donner leur avis. Mais il reproche à ces représent m ts de la science médicale d'avoir plus compté sur l'efficacité des remèdes spirituels que sur les ressources de la thérapeutique.

L'autorité ecclésiastique exigea d'eux, pour l'affaire de Loudun, plus de trente rapports, tant elle avait le désir de s'éclairer. Il est donc impossible de soutenir, avec les auteurs protesiants, que tout se bornait à une jonglerie habilement machinée par ks ennemis d'Urbain Grandicr.

38 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

Le docteur Calmeil, auquel on a pu reprocher certaines préventions, mais dont on n'a jamais S'Oupçonné la bonne foi, blâme les membres de la Faculté de Montpellier qui, af>pelés à se prononcer sur des accidents du même genre survenus à Nîmes et quelques autres localités du Midi, laissèrent entrevoir que les démoniaques se moquaient de la piété des populations. Il approuve, au contraire, les médecins qui, ayant constaté les faits de visa, opinèrent dans le sens de la possession, étant donnée la nature des phénomènes dont ils étaient les témoins. « Nulle part, dit-il, la démonopa/hie n'étant décrite comme l'expression d'une simple altération des fonctions naturel.es, il, fallait en venir à con- fesser que l'ensemble des accidents que l'on avait sous les yeux ne ressemblait positivement à l'ien de ce qui avait été signalé jusque là par les patuo- logi:-tes (1). »

Empruntons encore à l'ancien médecin de l'Asile de Charent.on quelques lignes sur l'état dans lequel les religieuses étaient plongées au moment de leurs crises. On ne pourra pas, de cette façon, nous accuser de charger le tableau :

« Telle religieuse, couchée sur le ventre, écrit-il, les bras tordus sur le dos, défie un prêtre qui la poursuit avec le Saint Saci-ement ; celle-ci, courbée en arrière, phée en double, affecte de marcher, la nuque posée sur les talons ; celle-là imprime à sa tête des mouvements étranges... Je vis une chose qui me surprit beaucoup, confesse le Père Surin, et qui était ordinaire à toutes les possédées : c'est qu'étant ren- versées en arriére, la tète leur venait aux talons, et fclles marchaient ainsi avec une vitesse surprenante et fort longtemps ; j'en vis une qui étant relevée se frappait la poitrine et les épaules avec sa tête, mais

(1) Cnlineil, De la Folie

KT URBAIN GRANDIKR 39

d'une si grande vitesse et si rudemeat, qu'il n'y a au montle personne, si agile qu'il soit, qui puisse rien faire qui en approche... Quant à leurs cris, c'étaient des hurlem nls de damnés, de loups enra- gés, de bêtes horribles. On ne saurait inia^ilner de quelle force elles criaient. Souvent la langue des énergumènes pendait hors de leur bouche, mais la noirceur, la tuméfaction et la dureté de cet organe disparaissaient aussitôt qu'il était rentré dans la cavité buccale (1). »

Mme de Belfiel entendait parler un être vivant dans son propre corps, pendant que les exorcistes l'interrogeaient.

Souvent aussi, la crise une fois passée, il y avait oubli complet des propos échaiigés entre elle et ceux qui lui adressaient des questitjns.

Un jour, elle fit, sous l'influence de l'Esprit qui la dominait, une dissertation furt savante dont la durée fut de deux heures. Lorsqu'elle eut fini, il ne lui resla aucun souvenir de ce qu'elle venait de dire.

Le docteur Calmeil prétend que le somnambu- lisme produit en partie les effets constatés chez les possédées de Loudun. Eu partie, soit. Encore fau- drait-il savoir ce que c'est que le magnétisme, et à quelle cause on doit l'atti'ibuer.

« Au mois de mai lGo4, poursuit le savant mani- graphe, Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, voulant juger par lui-même de l'état des Ursulines, se rendit à Loudun et assista à quelques séances des exorcismes. La supérieure, exorcisée par le Père Surin, adora d'abord le Saint Sacrement, en donnant tous les signes d'un violent désespoir. Bientôt le Père, répétant le commandement qu'il avait déjà fait, mit le corps de la prieure dans une violente

(1) Calmei!, ibid.

40 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

convulsion, tirant une langue horriblement déformée, noirâtre et grenée comme du maroquin sans eue pressée des dents... On remarqua, entre autres pos- tures, une telle extension des jambes, qu'il y avait sept pieds d'un pied à l'autre. Elle demeura dans ceV.e posture assez longtemps, avec tremblements étranges, ne touchant la tene que du ventre. S'étant relevée, il fut commandé encore une fois au démon de s'approcher du Saint Sacrement... Ayant proféré quelques paroles, il devint encore plus forcené, se mordant les bras...

« Puis l'agitation cessa peu après, et la fille revint à elle, n'ayant pas le poids plus ému que s'il ne s'était passé rien d'extraordinaire (1). »

Ce fut dans cette même séance, et pendant qu'il s'entretenait avec Gaston d'Orléans, que le Père Surin subit, à son tour, une attaque du démon qui le renversa deux fois. Forcé de lâcher prise par l'application qu'on lui fit du Saint Sacrement, l'Esprit malin se reprit à tourmenter la su|)érieure.

Le frère du roi, voulant faire personnellement une expérience qu'on avait plusieurs fois tentée avant lui, communiqua à l'exorciste un ordre secret que Mme de Belfiel exécuta immédiatement. On pouvait constater à chaque instant que les énergunièaes li- saient dans la pensée des exorcistes.

L'auteur de VHistoire des di ihles de Loudun^ fai- sant trêve un instant avec le parti pris (jui règne dans son livre, a laissé échapper un aveu qu'il est bon de retenir : « Toutes les personnes, réformées ou papisles^ avec lesquelles on a eu des entretiens à ce sujet, écrit-il, et qui avaient assisté aux exor- eismes, sont demeurées d'accord de tous les faits relatifs à la possession de deux exorcistes, comme de la plupart des autres faits contenus dans la re-

(1) Calmeil, ibuU

ST URBAIN GRANDIER 41

lation de ce qui s'est passé en présence de Monsieur, frère du Roi (1). »

Gaston d'Orléans signa le procès-verbal dans lequel furent consignés les incidents dont il avait été témoin, ajoutant verbalement qu'il fallait être fou pour ne pas croire aux possessions.

Des faits équivalents à ceux que nous venons de rapporter se passèrent sous les yeux des évêques de Chàlons, de Besançon, de Toulouse, de Rodez, de Rennes, etc., de plusieurs membres du Parlement, parmi lesquels M. de Kériolet, auquel le démon fit une peinuire saisissante de l'éiat le plus secret de son àme et qui se convertit. Citons encore lord Montagu qui, frappé de ce qu'il avait vu, se rendit à Rome pour y abjurer le protestantisme entre les mains du pape, et y recevoir les ordres sacrés.

Disons un mot d'un phénomène sur lequel les écrivains protestants et libres penseurs ont passé légèrement ou bâti des histoires qui se réfutent d'elles-mêmes, tant elles brillent par le ridicule. Nous voulons parler de la suspension en l'air, ou lévitation^ pour nous servir d'un mot nouveau.

Les autorités que nous venons de citer, et dont personne ne s'avisera de contester l'honorabilité et les lumières, ont certifié que la supérieure resta suspendue à deux pieds du sol pendant assez long- ten'ps.

Quelques écrivains, au nombre desquels Louis Figuier, ont prétendu, de longues années après l'événement, que Jeanne de Belfiel se soutenait sur la pointe des pieds, ne craignant pas de donner un démenti formel aux nombreux témoins qui ont attesié la réalité du fait, après l'avoir contrôlé avec un soin méticuleux.

Se soutenir un temps notable sur la pointe des

(1) Histoire des diables de Loudun, p. 182.

42 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

pieds, de manière à troiïiper des spectateurs intelli- gents et résolus à se rendre compte des moindres détails, est chose absolument impossible. On peut se demander, en outre, si ce genre d'exercice ne dépasse pas les forces de n'importe quelle danseuse. Les auteurs qui, pour ne pas admettre une interven- tion supra-naturelle, ont recours à des explications de ce genre, nous semblent peu compétents en ma- tière d'équilibre. Ils n'ont, d'ailleurs, s'ils veulent se convaincre de la faiblesse de leur raisonnement, qu'à interroger le corps de ballet de l'Opéra. La ré- ponse sera péremptoire.

On nous citera sans doute des faits nombreux de léoitation chez des gens que personne encore ne s'est avisé de classer parmi les énergumènes. Pour que l'argument eut quelque valeur, il faudrait pou- voir démontrer que l'action des Esprits ne s.> mani- feste que chez les possédés. Or, il n'est pas un occul- tiste qui n'afrirme le cou Liai re, avec preuve à l'ap- pui. — Qui ne sait que la plupart de ceux qui ont joui jusqu'à présent de ce triste privilège — en dehors des cas où on peut l'attribuer à la sain te; é — avouaient en toute franchise qu'ils se sentaient soule- vés et maintenus en l'air par une force extérieure.

Aux phénomènes que nous venons de signaler se joignait, chez les Ursulines, la connaissance des langues étrangères et la faculté de les parler couram- ment sans les avoir jamais apprises. Nos lecteurs savent ce qu'il faut penser des sjlécismes, que l'on a accidentellement reprochés au démon dans ses ré- ponses aux exorcistes. Ces incorrections de langage étaient voulues et avaient pour but de dérouler la sagacité de ceux qui l'interrogeaient.

Au début, les possédées se bornaient à répondre en latin, mais plus tard on put les interroger dans n'importe quelle langue.

Ainsi qu'on peut le constater par la lecture des

ET URBAIN GRANDIER 43

procès -verbaux, de nun.breuses questions leur furent posées en grec, en espai^nol, en italien, en turc, etc. , sans qu'elles parussent embarrassées dans leurs réponses.

Le P. Viguier, supérieur de l'Oratoire de la Ro- chelle, se servit du grec pendant toute une après- midi, de même l'évêque de Nîmes ; et tous les deux, purent se convaincre de l'irréprochable correction avec laquelle leurs interlocutrices parlaient cette langue.

Des médecins interrogèrent les possédées sur des matières scientifiques, en se servant de termes grecs peu connus dans le langage courant, et furent émer- veillés de l'assurance et de l'exactitude de leurs réponses.

Un monsieur Launay de Razelli, qui avait long- temps habité l'Aniérique, parla aux énergumènes l'idiome de certaines peuplades inconnues de l'Europe. Non seulement elles lui répondirent dans le mônae dialecte, mais elles se plurent à lui rappe- ler certains faits qui s'étaient passés dans ces pays lointains et dont il avait été témoin.

Avec leur mauvaise foi habituelle les écrivains rationalistes ont nié ces détails, attestés pardescen- taiiies de témoins et consignés dans des documents authentiques.

La négation est chose facile, mais encore faut -il qu'elle soit appuyée de preuves irrécusables. Le scepticisme , lorsqu'on le pousse trop loin , est un insolent défi porié à l'histoire, la mise en ré- forme du témoignage humain pour cause d'insuffi- sance.

Forcé de reconnaître que les possédés ne pou- vaient pas parler des langues qu'elles n'avaient jamais apprises, le docteur Bertrand explique ce phénomène par la pénétration magnétique de la ■pensée.

44 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

Des mots, toujours des mots, grandiloquents, je le veux bien, mais impuissants à faire la lumière.

Rien ne serait agréable comme de voyager en pays étranger, si on pouvait, au moyen de quel- ques passes magnétiques, comprendre les peuples que l'un visite et se faire comprendre d'eux. Le magnétisme remplacerait avantageusement les professeurs de langues.

Je me demande si le docteur Bertrand, qui fut un savant aussi aimable que distingué, put s'empê- cher de rire en écrivant la phrase que nous venons de citer (1).

Ses explications sont d'autant plus embarrassées, qu'il admet comme indubitables tous les faits attes- tés par les témoins et consignés dans des procès- verbaux signés de leurs noms.

Louis Figuier, que ces documents gênent sans doute, croit se tirer d'affaire en faisant une pi- rouette, ce qui le dispense d'en conlester l'exaciitude. Il les appelle dédaigneusement : Les procès-verbaux de Laubardemont.

Laubardemont ne fut peut-être pas à l'abri de tout reproche, mais il faut reconnaître que les his- toriens anticatholiques et ceux qui, de bonne foi, se sont bornés à les copier, ont fait preuve à son égard d'un manque absolu d'équité.

On l'a représenté comme un instrument de haine aux mains de Richeheu, qui voulait, a-t-on dit, faire expier au curé de Saint-Pierre l'audace qu'il avait eue de publier un libelle contre lui, ce qui est contesté.

Or, Bayle lui-même a écrit que Laubardemont « choisit les douze juges appelés à se prononcer dans l'affaire des Ursulines et d'Urbain Grandier

(1) On sait que, dans son ouvrage Du magnétisme animal en France, l'excellent docteur explique une foule de choses scienti- fiquemeut inexpli ables par ÏÈxtàse.

ET URBAIN GRANDIER 45

parmi les plus grand hommes de bien », ce qui était, on l'avouera, une singulière façon d'obtenir d'eux un jugement inique.

Le docteur Calmeil, de son côté, n'hésite pas à déclarer que toutes les calomnies des auteurs pro-- testants et autres contre les religieuses et les exor- cistes so«^ comp^é^emen^ détruites par l'exposition des faits (1).

Les savants qui ont négligé le côté historique de la question prétendent que l'état des Ursulines était purement pathologique, comme s'il suffisait d'être cataleptique pour comprendre et parler n'importe quelle lai gue, et discourir sans préparation sur des matières scientifiques que l'on n'a jamais étudiées.

Cette explication vaut celle du docteur Bertrand, si même elle la vaut.

L'hystérie joue, à son tour, un rôle dans l'affaire. Il le faut bien. On sait que l'hystérie est la suprême ressource du médecin qui se trouve en présence d'une maladie dont il ne peut déterminer la nature et la cause.

. Pour beaucoup, le magnétisme, l'hypnotisme et la suggestion expliquent la plupart des faits que l'on attribuait jadis à l'intervention d'agents surnaturels.

Il serait bon d'en finir une fois pour toutes avec les pétitions de principes auxquelles on a recours pour dissimuler l'impuissance où l'on est de donner scientifiquement l'explication de certains phéno- mènes.

Avant de nous dire, avec le docteur Calmeil, que le magnétisme produit des effets analogues à ceux que l'on attribue au démon, il faudrait nous appren- dre ce que c'est que le magnétisme. Il n'est pas . nécessaire d'être un grand logicien pour compren- dre cela.

(1) Calmeil, De la folie.

46 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

On a prétendu que « Tappareil déployé par les exorcistes, leurs adjurations, leurs gestes imposants et forcenés, tenaient lieu des manipulations que nos magnétiseurs emploient pour endormir leurs sujets », et firent tout le mal. « Opérant sur des jeunes filles nerveuses, malades, mélancoliques, les exorcistes produisaient chez elles une f)artie des phénomènes auxquels donne lieu le Si)innambulisme artificiel. »

Ainsi raisonne Louis Figuier.

Nous ferons observer à l'auteur de YHistoire du ■merveilleux, que les exorcistes n'intervinrent que lorsque l'autorité ecclésiasti'jue et les représentants de la science médicale eurent déclaré qu'il y avait possession. Leurs gestes imposants et forcenés n'avaient donc pu produire un mal qui exi-tait déjà. Ce n'est pas d'ailleurs avec des gestes de cette nature, gestes que Louis Figuier attribue gratuite- ment aux exorcistes, que le magnétiseur, si habile soit-il, peut communiquer au magnétisé le don des langues et l'initier aux secrets d'une science qu'il n'a jamais étudiée et qu'ignore souvent l'opérateur lui-même.

Le pouvoir magnétique ne va pas, que nous sachions, jusqu'à donner au sujet qui lui sert d'ins- trument la faculté de lire au fond des âmes.

Et puis, le magnétisme est-il vraiment ce qu'on nous dit ? « Magie, mesmérisme, magnétisme, somnambulisme, spiritisme, hypnotisme... ne sont que Satanisme », a écrit le Père Ventura que per- sonne ne s'avisera de taxer d'ignorance (1).

Le baron du Potct, qui n'était pas un esprit faible et dont la science magnétique fait autorité, ne pen- sait pas autrement que le célèbre théatin.

« J'avoue, écrit-il en parlant de ses premières ex-

(1) Lettre à M. Gougenot des Mousseaux dans les Hautv phé~ noménes de lu magie.

ET URBAIN GRANDIER 47

Ténences, que la peur me prit. Je vis des choses ex- traordinaires, des spectacles étranges : et je sentis en moi comme l'approche et le contact d'êtres invi- sibles encore. J'avais toute ma raison ; mon incré- dulité même ne m'avait pas quitté. Je ne sais pour- tant qui m'ôta le courage et fit naître en moi l'effroi. Je ne crois point au diable ; mai<= je le dis sans réserve, mon scepticisme finit par être vaincu. Il est permis d'avuir un peu peur quand la maison tremble (1). »

« J'ai senti les atteintes de la redoutable puissance, dit-il ailleurs. Un jour, entouré d'un grand nombre de personnes, je faisais des expériences, et cette force évoquée — un autre dirait ce démon — agita tout mon corps. Mon corps, entraîné par une sorte de tourbillon, était, malgré ma volonté, contraint d'o- béir et de fléchir. Le lien était fait, le pacte consom- mé, une puissance occulte venait de me prêter son concours, s'était sourloe à la force qui m'était propre, et me permettait de voir la lumière (2). »

Du Potet a encore écrit dans le Journal du Magné- tisme, numéro 198, p. 163, cette phrase caractéristi- que : « Je croyais qu'il serait dangereux, pour l'exis- tence même du magnétisme, de receler à tous ce que quelques-uns doivent seuls connaître. »

L'auteur se demande ensuite si, en dehors des Es- prits, le fluide magnétique peut être pris au sérieux. Voici sa réponse :

« Pour nous, cette question ne fait pas l'objet d'un doute ; nous reconnaissons et nous admettons qu'il existe en chaque être une foule d'agents intelligents soumis à un régulateur suprême ! Nous sommes convaincus que chaque organe a, dans son centre, le principe même de son action ; qu'il n'est pas une fonction concourant à la vie de l'homme qui ne soit

(1) Du Potet, Afagie dévoilée, p, 221.

(2) Du Potet, Ibid. p. 152-153.

48 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

réglée par une intelligence... Je dis donc qu'il y a en nous des ouvriers intelligents, et qu'à chaque ins- tant notre corps peut être visité par des agents égale- ments vivants, venant du dehors, et ayant puissance sur le domaine que nous croyons nous appartenir enpropre.

« Ne puis-je point faire pénétrer en autrui, par des voies inconnues, l'agent subtil nommé magnétisme ? Ne puis-je point, par lui, faire exécuter mon com- mandement, lorsque rien na pu traduire aux yeux ma pensée ? Cette pensée, ainsi portée, quelle est- elle ? La reconnaissez-vous pour être matérielle ? Mais elle va, tout à l'heure, faire mouvoir la machine qui est étrangère à mon être, et produire une sorte d'évocation des esprits qui l'animent ! Car ceux-ci répondront à mon appel, et feront éclore la pensée ; ils la traduiront même en actes visibles. C'est une erreur de croire que toutes les conceptions de notre esprit viennent de nous-mêmes ! Souvent tout nous vient du dehors (1). »

Eliphas-Lévi écrit, de son côté, que l'agent du ma- gnétisme est « une force connue des anciens, et dont la direction tient immédiatement au grand arcane de la magie transcendantale. Par la direction de cet agent, on peut correspondre, en un instant, d'une extrémité à l'autre de la terre ; on peut guérir ou frapper à distance !... Et cet agent, qui se révèle à peine sous les tâtonnements desdiscif)lesd9 Mesmer — le grand revivifîcateur du magnétisme -• est pré- cisément ce que les adeptes du moyen âge appelaient la matière du grand œuvre. Les gnostiques en fai- saient le corps igné du Saint-Esprit ; et c'était lui qu'on adorait dans les rites secrets du Sabbat ou du Temple sous la figure hiéroglyphique du Bapho- met ou du bouc androgyne de Mendès (2). »

(1) Du Potet, Journal du Magnétisme, n* 180, p. 33. ',2) Eliptias-Lévi, Dogme de la magie, p. 23.

ET URHAIN GRAXDIÎCR. 49

Il y a donc, si nous en croyons les deux adeptes que nous venons de citer, deux entités parfaitement dis- tinctes dansThoiu me qui subit l'influence magnétique.

L'opinion de du Puiet et d'Eliphas-Lévi est parta- gée par deux autres célébrités de l'occultisme qui firent quelque bruit sous le règne de Napoléon III. Nous voulons parler de MM. Home et Regazzioni.

Les spiriles admettent les possessions tout en niant l'existence du diable.

« L'obsession, dit Allan-Kardec, dans ses Œuvres posthumes, est l'empire que les mauvais esprits pren- nent sur certaines personnes, en vue de les maîtriser et de soumettre leur volonté, par le plaisir qu'ils éprouvent à faire le mal.

«Lorsque, poursuit-il, un esprit, bon ou mauvais, veut agir sur un individu, il l'enveloppe, pour ainsi dire, de son périsprit comme d'un manteau ; les fluides se pénétrant, les deux pensées et les deux vo- lontés se confondent, et l'esprit peut alors se servir de ce corps comme du sien propre, le faire agir se- lon sa volonté, parler, écrire, dessiner, tels sont les médiums... » Si l'esprit est pervers et méchant, il « paralyse jusqu'à la volonté » de celui qu'il domi- ne... « Il le fait penser, parler, agir par lui, le pousse malgré lui à des actes extravagants ou ridicules, en un mot il le magnétise, le cataleptise moralement... Telle est la cause de l'obsession, de la fascination et de la subjugation qui se maintient à des degrés d'in- tensité très divers. C'est le paroxysme de la subju- gation qu'on appelle vulgairement possession. »

Allan-Kardec ajoute que le possédé a souvent con- science du ridicule de ce qu'il fait, « mais qu'il est contraint de le faire, comme si un homme plus vi- goureux que lui faisait mouvoir contre son gré ses bras, ses jambes et sa langue » (1).

(\) AIIan-Kardec, Œuvres posthumes, p. 6i) et 70.

LES POSSÉDÉES DK LOUDUN 4

50 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

C'est bien là, à quelque chose près, le portrait du possédé, tel que nous pourrions le faire nous-même, avec cette différence toutefois que l'auteur attribue aux âmes des n^orts ce que nous attribuons aux démons.

Comme on le voit, d'après l'opinion des écrivains qui font autorité dans ces sortes de matières, il y a entre le magnétisme, la catalepsie, la possession et l'obsession un lien de parenté indéniable.

Le docteur Calmeil qui admet la puissance ma- gnétique, ne veut pas entendre parler de l'interven- tion du démon. Parlant de V épidémie nerveuse des Enfants d'Amsterdam, il nous les représente « comme grimpant sur les murailles et sur les toits... comme parlant des langues étrangères, sachant ce qui se passait ailleurs, même dans le grand conseil de la ville, et vomissant, pendant les exorcismes, force aiguilles, des épingles, des doig- tiers à coudre, des lopins de drap, des pièces de pots cassés, des verres, des cheveux, etc. (1). »

On put constater les mêmes phénomènes chez la plupart des possédés à l'époque dont nous parlons.

Le docteur Calmeil rappelle encore le fait des reli- gieuses d'Auxonne qui laissaient échapper de leur bouche, pendant les exorcismes, des cheveux, des cailloux^ des morceaux de cire^ des ossements et jusqu'à des reptiles vivants.

« Ces objets, ajoute l'auteur, offraient aux yeux du clergé une preuve non équivoque de possession (2). »

Nous croyons que le clergé de nos jours serait absolument du même avis, surtout si à ces phéno- mènes s'ajoutaient ceux que nous avons déjà relatés, et dont la science n'a pu encore nous donner una explication acceptable.

(1) Calmeil, De la Folie, p. 274.

(2) lOid., p. 134.

ET UKBAIN GRANDIKR 51

Mais revenons au curé de Saint-Pierre.

Urbain Grandier fut-il le coupable que l'on a dit? L'accusation dirigée contre lui par les démons était- elle fondée ? La possession des Ursulines peut-elle être considérée comme le résultat de manœuvres magiques ?

Graves questions sur lesquelles nous donnerons notre avis, sans avoir la prétention de les résoudre en dernier ressort.

Le curé de Saint-Pierre a avoué, avant de mou- rir du dernier supplice, les fautes, graves pour la plupart, qu'on lui reprochait sous le rapport des mœurs, mais il a protesté jusqu'à la fin contre l'ac- cusation de magie dont il était l'objet.

Quoi qu'on en dise, cette protestation in extremis a quelque valeur, et nous ne croyons pas qu'un his- torien sérieux puisse la tenir pour non avenue.

Nous serions donc en présence d'une erreur judi- ciaire, vont nous dire les panégyristes du curé de Loudun.

La seule chose que nous puissions répondre, c'est que les apparences étaient contre lui. Tout semblait l'accuser, étant données les idées universellement reçues à cette époque.

N'oublions pas, d'ailleurs, si nous voulons juger sainement la question, qu'Urbain Grandier n'était pas seulement accusé du crime de magie.

« Si ses ennemis, a écrit le docteur Bertrand, avaient, comme on l'a dit, voulu le faire périr, ils avaient un moyen beaucoup plus facile de parvenir à leurs fins. Grandier, en eiï'et, était accusé de crimes commis dans son église, crimes qui consti- tuaient des sacrilèges que la loi aurait punis de mort, de l'aveu même de ses défenseurs... Il était donc beaucoup plus simple de s'arrêter à une accu- sation vraisemblable, et qui paraissait facile à prou- ver, que d'aller se jeter dans l'accuïation de magie

52 LES POSSÉDÉES DE LOUDUN

à laquelle on ne croyait plus guère, et qui Aécessi- tait un nomore si considérable de faux téir ;ins, un appareil de preuves si difficiles à rassembler, qu'il semble que jamais on n'aurait pu venir à bout d'une semblable entreprise (1). »

Le docteur Bertrand se trompe lorsqu'il dit qu'au temps où vivait Urbain Grandier on ne croyait plus guère à la magie. On y croyait, au contraire, d'une foi très vive.

De nombreux écrivains ont prétendu, et cette opiniun est encore celle qui court une partie de la presse, que Richelieu profita de l'accusation dirigée contre le curé de Saint-Pierre pour se venger de lui. On a raconté que Grandier avait, dans un libelle intitulé : La Cordonnière de la Reine mére^ diffamé le cardinal. Ce libelle était signé du nom d'une femme nommée llammon. Venue de bas, la femme Hammon, qui était aussi spirituelle qu'intrigante, avait réussi à capter la confiance de la Reine Mère et à vivre dans son intimité.

Comme elle était originaire de Loudun et parois- sienne d'Urbain, on s'est plu à répéter qu'elle s'était bornée à endosser la responsabilité de cet écrit, dont le curé de Saint-Pierre était l'auteur ; autant de suppositions gratuites qui se réfutent d'elles- mêmes.

Ua femme Hammon était assez lettrée pour écrire un pamphlet, sans avoir besoin de recourir à la plume d'Urbain Grandier. D'autre part, elle tenait trop à la bienveillance de sa maîtresse pour ne pas se donner auprès d'elle le mérite da traîner dans la boue l'homme qu'elle détestait le plus au monde, le célèbre cardinal.

La preuve, d'ailleurs, que Richelieu ne s'émut nulleuient des outrages dont il était l'objet dans cet

(1) Bertrand, Traité du Somnambulitme , p. 341.

ET URBAIN GRANDIER 53

écrit, c'est qu'il ne songea pas à les faire expier au bas-bleu de la Reine mère.

Or, on sait que le terrible ministre n'y allait pas par quatre chemins lorsqu'il avait intérêt à châtier un ennemi. En admettant que, pour une raison ou pour une autre, il eut voulu faire peser sa ven- geance sur le curé de Saint-Pierre, croit-on, vrai- ment, qu'il se fut adressé à des exorcistes dans le but machiavélique de le convaincre de magie? Tout le monde sait que les moyens détournés répugnaient à sa nature, alors même qu'il avait devant lui des adversaires autrement redoutables fjue le curé de Loudun.

Voici du reste, comment l'affaire débuta : « Après deux ou trois mois de remèdes et de prières, écrit M. de Mirville, d'exorcismes secrets et enfin d'exorcismes publics et d'ef- fervescence à Loudun, la Cour commence à s'en préoccuper un peu, et la reine envoie sur les lieux l'aljbé Marescot, son aumônier, qu'elle charge de lui mander ce qu'il en pense. L'abbé fait son rapport, et ce rapport ne contient que ce que le procès établira plus tard. Trois mois après, seulement, M. de Laubardemont, intendant de la province, s'étant transporté à Loudun, pour la destruction du château, mission qui venait de lui être confiée far Louis XIII, s'alarme de la fermentation générale des esprits, et comprend la nécessité de couper court au scandale. Interprète fidèle, à cet égard, du vœu de tous les habitants, il informe Richelieu, qui, jusque-là, ne s'en était pas occupé ; celui-ci en réfère au roi qui charge Lau- bardemont, en sa qualité d'intendant, d'en recon- naître souverainement et sans appel, lui donne l'ordre d'arrêter Grandier, et de choisir dans les juridictions environnantes, les juges /.ex plus intégres et les plus habiles. Que fait Laubardemont V II ci^joi-

54 LES POSSF.DKKS DE LOUDUN

sit précisément ses juges parmi l'élite des magis- trats (1). »

Les choses ain!=i réglées, nous ne voyons plus que le cardinal soit intervenu dans l'affaire.

Donnons maintenant quelques détails sur la ma- nière dont procédèrent les juges choisis par Laubar- demont. Ces détails ont leur importance et nous croyons utile de les mettre en lumière :

« Ces juges, poursuit M. de Mirville, se préparent AU grand et pénible devoir qu'ils vont avoir à rem- plir, non plus comme aujourd'hui, par une messe basse du Saint-Esprit (f|ue l'on a fini par supprimer), mais par la réception publique des sacrements, les processions générales, la Visitation des éghses, les prières des Quarante-Heures. Laubardemont, confor- mément aux ordres du roi, fait arrêter Grandier, mais, en même temps, du consentement de l'ôvêque, il fait aussi, remarquez-le bien, séquestrer absolu- ment les religieuses dans différentes maisons, les fait interroger séparément, en compagnie d'évêques et de docteurs ; il y apporte tous les soins possibles, s'enquiert de tous les précédents, les confronte les uns avec les autres, puis, enfin, prenant en main les intérêts de l'accusé, lui expose toutes les charges qui pèsent sur lui, exige qu'il assiste aux exor- cismes, ne néglige absolument rien de tout ce qui peut le convaincre ou le ramener, et lorsque, après les trente rapports librement et très soigneusement rédigés par les évêques, les docteurs et les médecins, Grandier est condamné au supplice, nous voyons toujours Laubardemont s'attacher à ses pas, l'adjurer sans relâche, et ne l'abandonner à la justice qu'après avoir perdu toute espérance de repentir et d'aveu de la part de celui qu'à tort ou à raison, il

(1) De Mirville, Des Espritt et de leurs manifestations Jlui- diques, p. Hi, 144.

ET URHAIV CRANDIER 55

devait regarder, avec Bertrand, comme un grand criminel (1). »

Laubardemont et le tribunal qui a condamné Grandier ont pu se tromper. Il e^t permis d'admettre que ce malheureux prêtre ne l'ut pas coupable du crime de magie dont l'accusaient les possédées pen- dant leurs crises. Ce qui paraît hors de doute, c'est que les antécédents du curé de Saint-Pierre ont dû influer sur la décision des juges, sans qu'il y eût chez eux parti pris de le perdre.

Les erreurs judiciaires sont toujours chose pos- sible. Disons toutefois, quelle que soit l'idée qu'on se fasse de cette triste affaire, que nous serions heu- reux si, de nos jours, nous avions pour nous juger des magistrats comme ceux devant lesquels compa- rut Urbain Grandier, lesquels étaient, a dit Bayle, les plus grands hommes de bien de la province du Londunois.

Le curé de Saint-Pierre, nous l'avons déjà fait observer, protesta de son innocence jusqu'au dernier moment. « Non, Messieurs, déclara-t-il au miheu des tourments de la question, je ne suis point magi- cien, je ne le fus jamais. Mon Dieu, mon père, mon doux Jésus, Sauveur et Rédempteur, ne me délais- sez point. Que la flamme ni les tourments n'aient aucune force pour me faire renier celui qui m'a donné l'être. »

Pendant qu'on le transportait au lieu du suiipîice, il répéta au heutenant criminel d'Orléans qu'il avait tout dit et qu'il n'avait plus rien sur la conscience.

« Ne voulez-vous pas, lui demanda ce dernier, que je fasse prier Dieu pour vous? » — « Vous m'obhgeriez beaucoup de le faire, répondit-il, et je Yous en supplie. »

Un religieux cordelier, de ses amis, le Père Gril- Ci) De Mirville, ibid.

"1. .J..II, fU

56 LES POSSÉDt:ES VK I.OUDUN

lau, l'aborda et lui dit, après l'avoir tendrement embrassé : « Souvenez-vous que Notre-Seigneur Jésus-Christ est monté vers Dieu, son Père, par la souffrance et par la croix. Vous êtes habile homme, ne vous perdez pas. Je vous apporte la bénédiction de votre mère ; elle et moi prions Dieu qu'il vous fasse miséricorde et qu'il vous reçoive dans son paradis. »

Urbain Grandier remercia son ami et lui dit : « Je vous en conjure, remplacez-moi auprès de ma mère, veuillez prier Dieu pour moi et me recommander aux prières de vos religieux. Je meurs innocent, et j'espère que Dieu me fera miséricorde et me lecevra dans son paradis. »

Le droit public, à cette époque, prononçait la peine de mort contre quiconque était convaincu du crime de magie. Nous constatons le fait sans le dis- cuter. Cela dit, nous nous demandons, et d'autres se demanderont avec nous si les juges d'Urbain Grandier, tous hommes de bien^ n'eurent pas le tort de prendre au pied de la lettre l'accusation dirigée contre lui par les possédées, organes inconscientes du père du mensonge.

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages favorables aux exorcistes et a la possicssion

1* Récit véritable de ce qui s'est passé à Loudun, contre messire Urbain Grandier, Paris, Î634.

2' Véritable relation des justes procédures obseroées au fait de la possession des Ursulines de Loudun, et au procès d'Urbain Grandier, avec les thèses générales, touchant les diables exorcisés par le Père Tranquille capucin, La Flèche, 1634, iii-12.

3' La dé mono manie de Loudun, qui montre la véri- table possession dos religieuses Ursulines et autres sécu- lières, avec la liste des r.-ligieuses et séculières possédées, obsédées et maléjiciées, le nom de leurs démons, le lieu de leur résidence et signe de leur sortie. La mort de Grandier, auteur de leur possession, La Flèche, 1634, in-12.

A' Interrogatoire de messire Urbain Grandier, etc., acec les confrontations des religieuses possédées, contre le dit Grandier, ensemble la liste et les noms des Juges députés par Sa Majesté, Paris, 1634.

5* Relation véritable de ce qui s'est passé aux exor

58 BIBLiuukAHHlK

Ci'smes des religieuses de Loudun, en, la présence de Monsieur, frère unique du roi, avec l'attestation des exorcistes, Paris, 1G35.

6° Relation de la sortie du démon Balaam du corps de la mère prieure des Ursulines de Loudun et ses épou- vantables mouvements et contorsions en l'exorcisme, avec l'extrait du procès-verbal desdits exorcismes qui se font à Loudun par ordre de Monseigneur l'évoque de Poitiers sous l'autorité du roi, Paris, 1635.

7* Lettre écrite à Monseigneur l'éccque de Poitiers par un des Pères Jésuites (Surin) qut exorcisent à Loudun, contenant un bref récit de la sortie de Léviadian, chef de cinquante démons qui possèdent tant Icsjillcs religieuses que séculières, avec un extrait du procès-verbal des exor- cismes qui se font à Loudun, etc., Paris, 1635.

8° Miraculeux effets de l'Eglise romaine sur les hor- ribles actions des princes des démons en la possession, des religieuses de Loudun, par Lafoucaudière, Paris, 1635, in-8*.

9* Les interrogatoires et exorcismes nouvellement faits à un démon sur le sujet de la possession des filles Ursulines de la cilla de Loudun, avec les réponses du démon au R. P. iî.lathieu de Luclié, capucin ce exor- ciste, sur le même sujet, au grand étonne/nent d.i peuple, Paris, 1637.

10* 7>s miraculeux effets de la Vierge, de saint Jo- seph et de saint François dans le soulagement et déli- vrance des filles Ursulines possédées à Lou'iun, contre tous les efforts des diables et démons, Pari'^, 1637

Il existe encore plusieurs ouvrages m':iii'-. importants

BIBLIOGRAPHIE 59

sur le même sujet et conçus dans le même psnrit. Citons en pasSvint deux pièces manuscrites, faisant autrefois partie de la bibliothèque Dulaure :

11* Responses des démons lorsqu'ils ont été pressés en e rorccsmes d'adorer le Saint Sacrement et de dire ce qu'ils adoraient.

12° Récit d'une chose merceilleuse arrivée dans Lou- dun le 27 f écrier 1635.

13' Examen et discusnon critique de /'Histoire des diables de Loudun, de la possession des religieuses Ursu- lines, et de la condamnation d' Urbain Grandier, Liège, 1749, in-4* — Cet ouvrage est l'œuvre d'un prêtre qui eut le courage en plein xvm" siècle, de remonter le cou- rant philosophique, et de plaider la cause des exor- cistes et des juges qui condamnèrent Urbain Grandier.

Ces temps derniers, M. de Mirville a soutenu la même thèse dans son ouvrage intitulé : Des Esprits et de leurs manifestations Jluidiqucs (Paris, 1854). On peut encore consulter M. Gougenot des Mousseaux dans : Magie au XIX' siècle et dans : Mœurs et prati- ques des démons (passim). Une foule d'autres écrivains ont trriité incidemment la question.

Voici maintenant les principaux ouvrages publiés en faveur d'Urbain et contre la possession des Ursulines :

1* Histoire des diables de Loudun, ou de la possession des religieuses Ursulines et de la condamnation et du

60 BÎDLIOGRArniB

supplice d'Urbain Grandicr, curé de la même ville ; eruels effets de la vengeance du cardinal Richelieu, Anisierdam, 1693, 1716, 1737, in-8*, par Aubin, pro- testant de Loudun, réfugié en Hollande.

2° Discours de la possession des religieuses Ursulines de Loudun, 1634. Cet ouvrage est généralement attri- bué à Duucan, médecin.

3* L'ombre d'Urbain Grandier, de Loudun, sa ren- contre et conférence avec Gaufrédi, en l'autre monde, 1634.

4° Histoire d'Urbain Grandier, condamné comme magicien et comme auteur de la possession des reli- gieuses Ursulines de Loudun, par M**', à Amsterdam, 1735, in-8°.

On peut encore consulter le Dictionnaire de Bayle, à l'article Grandier ; la Bibliothèque historique du Poitou, t. IV ; VHistoire de la ville de Loudun ; l'His- toire du Poitou, par Thibaudeau, t. IV, ch. vi, etc., etc.

De notre temps, la question a été ti-aitée dans le même sens par un grand nombre d'auteurs, soit dans diverses revues, soit incidemment dans des travaux de longue haleine. Citons en particulier, VHistoire du Merceilleux, par Louis Figuier, t. I.

Nous avons, de l'époque du procès, une pièce restée longtemps manuscrite, intitulée : Relation véritable de ce qui s^est passé à la mort du curé de Loudun, brûlé tout vif le vendredi 18 août 1634.

Cette pièce, due probablement à la plume d'un

BIBLIOGRAPHIR 6Î

témoin de l'évcnonient, a été imprimée avec quatre autres relatives également au procès d'Urbain Grandier dans les Archices curieuses de l'Histoire de France, de M. Danjan, t. V, 2* série.

Rappelons pour mémoire, les ouvrages que nous avons cités dans le cours de cette étude, notamment ceux de MM. les docteurs Bert. and et Calmeil.

Citons enfin comme ouvrages à compiler :

r La Démonomanie de LouduUy par Laménardière.

2* Factura pour maître Urbain Grandier, prêtre, curé. etc. Cet ouvrage sans nom d'auteur est attribué au frère de Grandier, conseiller au bailliage de Loudun,

3° Lettre du sieur Grandier, accusé de magie, au roy.

4" Véritable relation des justes procédures obsertées au fait de la possession des Ursulines, par le R. P. Tr., R. C. (le Père Tranquille).

5' Vie du Père Joseph.

6' Le P. Surin, Lettres spirituelles.

7* Discours sur la possession des Ursulines de Lou- dun, in-12 de 64 pages, par Duncan.

8* Lettres du sieur Seguin, médecin, publiée par le Mercure français, t. XX.

9' Examen et discussion critique de l'histoire des dia- bles de Loudun, par La Méuardaye, Liège, in-12, 1749

TABLE DES MATIERES

Pages. I. Urbain Grandîer, curé de Saint-Pierre dk LouDUN. — Jugements portés sur lui par LES historiens 3

II. Les Ursulines ds Loudun au tribunal de

LA science 9

III. Une parenthèse en deux parties. — Les

esprits. — Les pères et les ducikurs. — Le rituel. — Les faits. — Le diable EXISI li 16

IV. Les Ursulines étaient-elles possédées ? —

Le furent-elles par suite de pratiques MAGIQUES? — Urbain Grandikr fut-il vic- time d'une ERREUR JUDICIAIRE ? 32

Bibliographie 57

1550-05. — Imprimerie des Orphelins-Apprentis, F. BLÉTIT, 40, ru3 La Fontaine, Paris-Auteuii.

Librairie Bloud et C'^ 4, rue Madame, Paris. OUVRAGES DE M. ANTONIN BOSSU

Docteur en médecine de la Faculté de Paris, ancien pré- sidcnt de la Société de Médecine de Paris, etc.

13° Edition entièrement refondue et mise au courant de la science actuelle. Anthropologie. Etude des organes, fonctions, maladies de L'homme et de La femme, comprenant l'anatomie, Ja physiologie, l'hygiène, la pathologie, la thérapeu- tique, la doctrine microbienne, et des notions de médecine légale, avec portrait, autobiographie et a Credo médical de l'auteur ». 3 beaux volumes in-8, accom- pagnés d'un atlas séparé de 20 planches d'anatomie descriptive avec légende. — Prix : avec atlas colorié, franco en gare : 25 fr. ; avec atlas noir 21 fr.

Parmi les innombrables ouvrages qui ont été publiés dans la but de vulgariser les connaissances médicales, l'Anthropologie de M. Bossu lient depuis longtemps le premier rang. Il est sérieu- sement exposé, composé selon un plan méthodique avec des divi- sions conformes aux programmes des Facultés. Son savant auteur a su, avec un véritable talent, écrire pour le grand public. Veut-oa une consultation sur une maladie quelconque ? 11 suffit d'ouvrir l'un des trois volumes et la réponse sera immédiate. C'est bien le livre de la maison. (Journal des Débats.)

L'A'i[Jir<jpologie de M. le docteur Bossu est depuis longtemps l'ou- vrage de médecine le plus apprécié et le plus répandu parmi lea membres du clergé.

Botanique et plantes médicinales. Manuel comprenant 'S parties : I. Elomr-nts de botanique. Organographie. Classification. Familles végétales. Genres. Espèces. — II. Plantes officinales. Herboristerie. Pharmacologie. Thérapeutique générale. — III. Dictionnaire des sim- ples. Caractères botaniques, propriétés, ouvrages thé- rapeutiques, applications méd cales, considérés dans chaque espèce. Orné de 1029 gravures, intercalées et sur plancnes (sans double emploi), accompagnées de légendes explicatives. 5* édition 1 fort volume in-12. Prix, franco 7 fr. 50

Cet ouvrage comprend la description, l'iiabitat, les propriétés médicales, industrielles et économiiiues des plantes, leur usage en médecine, leurs préparations jjharmMceutiques, etc.

La classification thérapeutique des végétaux en débilitants, toni- ques, stimulants, calmants, irritants et spécifiques, est précédée de considérations générales sur la pathologie et la nature des maladies.

L'ouvrage se termine par un Mémorial où toutes les plantes utili- sables [(Dur chaque maladie sont rapprochées les unes des autres.

Médecine pratique des familles, ou premiers soins à donner avant l'arrivée du médecin, par le docteur Cons- tantin James. — 1 fort volume in-iy Jésus, 4* édi- tion. Prix : 4 fr. ; franco 4 fr, 50

Médecine sans médecin oh Guide médical des familles, par le Docteur Georges Surbled. — 1 volume in- 18 jésus de 300 pages. — Prix : 2 fr. 50 ; franco 2 fr, 75

Les Manuels de médecine p. 'atique à l'usage des gens du inonde abondent en librairie. Malheureusement ils datent de vmgt à trente ans et ne sont plus à la hauteur de la science qui progresse et se transforme. C'est pourquoi le livre' du D' Surbled, fruit d'une pratique déjà longue, mis au courant des dernières découvertes, vient à son heure et comble une regrettable lacune.

On y trouve condensés tous les renseignements indispen- sables sur les raéHicaments usuels, les symptômes des ma- ladies, les empoisonnements, les accidents, les premiers soins, etc. C'est le manuel qui permet de ti-aiter d'urr/ence un blessé, un malade, en attendant l'arrivée du médecin. C'est le guide autorisé des gens du monde, scientifique et moral à la fois, car il peut être mis sur la table de famille.

Le Merveilleux divin et le Merveilleux démoniaque, par le R. P. D. Bernard M;irie Maréchaux, bénédictin de la Congrégation Olivétame. 1 beau \olume in-8'. Prix : 5 fr. ; franco 5 fr. 50

Ouvrage approuvé par Sa Grandeur Mgr de Pélacot, évoque de Troges.

Nous ne saurions mieux relever l'importance du livre de D. Bernard Maréchaux que par l'extrait suivant de la lettre approbative de S. G. Mgr de Pélacot, évêque de Troyes.

« Appuyé sur la vraie notion de l'homme, telle que l'ex- plique admirablement saint Thomas, vous avez su recon- naître, dans les phénomènes extraordinaires qui sollicitent de nos jours l'attention publique, ce qui n'excède pas les forces naturelles de l'âme, etc<-; qui doit être attribué, sans constestation possible, à l'action de puissances supérieures^ bonnes ou mauvaises.

<i Vous avez ensuite exposé, avec toute lanettetédésirable, les signes caractéristiques au moyen desquels l'œuvre de Dieu et des bons anges se distingue de l'œuvre des dénions.

« Enfin, pénétrant plus en avant dans la mystique propre- ment dite, vous avez étudié les merveilles de tout genre que Dieu opère, quand il lui plaît, dans l'âme et même dans le corps des saints.

« Toutes ces notions, trop souvent méconnues, ont été si parfaitement élucidées par vous, que vos travaux, je n'en doute pas, feront désormais autorité dans la matière. Avec mes félicitations, recevez-en, je vous en prie, tous mes remerciements. »

115 lUi Le Monde juif au temps de Jésus-CIirist et des Apôtres, par l'Abbé Beurlibr, docteur en Triéologie et es Leaivs 2 vol . Prix : 1 fr. 20

117 Le Dogme chrétien dans la religion juiva, par A.-F.

Saubi.v 1 vol .

11» 119 Le Régime corporatif et l'Organisation du travail, par

le R. P. G. DE I'as-cal.

\. — Le Passé i vol .

II. — L'Aoenir 1 vol.

120 Le Dogme de l'Eucharistie. — Essai d'explication, par A. Lerw, |j'ètre eudistci 1 vol.

121 122 Les Raisons de naa croyance, par lecardinnl Manning. tra'luit Ai rao-,'!.iis pnr l'abbé E. Peltier.. 2 vol. Prix : 1 fr. 20

123 Le Monde des Esprits. Anges et Démons, par le R. P. Dom Maréchaux. O. S. B 1 vol.

124 12ô Le Mouvement féministe. — .Ses causes. — Son avenir. — SoLutioa ciirettenrie, par la comtesse Marie deVillf.rmont,

2 vol. Pj-ix : 1 fr. 20 12C Le Brahmanisme, par Ch. Godard 1vol.

127 Du mé ne auf.eur : Le Fakirisme 1 vol.

128 12'J L'Eglise grecque-orthodoxe et l'Union, par le P. Frari'.ois T. iurseui/.e, .s. .J 2 vul. Prix : 1 fr. 20

130 131 Analogies de la Science et de la Religion, par Pierre Courbet 2 vol. Prix : 1 £r. 20

132 L'Education supérieure des Femmes, par Mgr Spaldi.ng, traduit i:o ian.i.'lnis p.-ir /tioi'é Feiix Klein I vol.

133 Le Beau dans les Œuvres littéraires.par l'abbé Gaborit 1 vol.

131 L'Eglise et le Droit des Gens, par le R. P. G. de Pascal 1 vol.

135 L'Enfance du Christ d'aprcs les Traditions juives et chrétiennes, par M. 1 abbé C. Chacvin 1 vol.

136 Du niéme auteur : Ls Purgatoire, s'il existe, et ce qu'il est 1 vol.

137 Le Repos dominical, Bonlieur de l'Jndioidu, de (a Famille et de La Société, par le P. François Tournebize, S.J 1 vol.

13S Las Miracles de l'Eva-;gile, par P. Vai.i.et, P. S. S. 1 vol. 131 Histoire et Légende de la Congrégation (1801-1830), par

J. M. VlLLEKR^NCHE 1 \ol.

HO m Pour et contre l'Evolution, ou Etude sur l'origine de^ Espènes, par 1 aijbé Leroy 2 vol. Prix : 1 fr. 20

142 L'Origine mosaïque du Pentateuque, par le P. Lucien Mécuin'eau, s. j 1 Vol.

143 L'Homme animal et l'Homme social, d'après l'Ecole mntc- riaiixte, par C. de Kirwan 1 vol.

144 La Révocation de l'Edit de Nantes, ses causes et ses conséquences, i>ar L. D;dier, Agrégé de lUuivers.té. . . 1 vol.

145 146 Les Doctrines sociales catholiques en France depuis la RéooLution jusqu'à nos jouj's, par Victor de Clercq. Avant- propos par Georges GoYAU 2 vol. Prix : 1 Ir. 20

147 La Femme chrétienne au Temps des persécutions, son influence et son rôle. Etude historique, par le i^. Hadet, de l'Oratoire 1 vol.

148 La Providence. Conseroation des êtres créés. — Gouoemement du monde. — Répartition des biens et des maux, par G. Conte.s- TIN 1 vol.

149 Théorie de l'Education, par L. Laberthonnière, de l'Ora- toire 1 vol.

BLOUD & C% Ëdit., rue Madame, 4, Paris (VP)

Nouvelle Collection.

LA PENSÉE CHRÉTIENNE

Textes et Etudes

Grands in-16 à prix divers.

Moehler, par Georges Goyau. — 1 vol. : 3 fr. 50 ; franco 4 fr. »

Bonald, par Paul Bourget, de l'Académie française, et Micliel Salomon, 1 vol. : 3 fr. 50 ; franco. . 4 fr. »

Saiût Irénée, par Albert Dufourcq,' professeur à l'Uni- versité de Bordeaux, docteur es lettres, 1 vol. : 3 fr. 50 ; franco , . . . 4 fr. »

Newman, le Déceloppemcnt du Dogme chrétien, par Henri Brémond, 1 vol. : 3 francs ; franco.. 3 fr. 50

Ne'wman, Psychologie de la Foi, pai* le même, 1 vol. : 3 fr. 50 ; franco " 4 fr. »

Tertullien,' par Joseph Turmrl, 1 vol. : 3 fr. 50 ; franco „ 4 fr . »

Saint Jean Damascène, par V. Ermoni, professeur

au Scolasticat des Lazaristes, 1 vol. : 3 francs ;

^ franco 3 fr. 50

Saint Bernard, par E. Vacandard, aumônier au Lycée de Rouen, 1 vol. : 3 francs ; franco 3 fr. 50

Epîtres de saint Paul, traduction et commentaire, par

A. Lrmonnyer, O. p., professeur d'Ecriture sainte.

1" partie: Lettres aux Thessaloniciens, aux Galatrs,

aux Corinthiens et' aux Itomain^ 1 vol. : 3 fr. 50 ,

^ franco 4 fr , »

Épîtres de saint Paul, traduction et commentaire, par le même. 2' partie : Lettres aux Philippiens, aux Colossiens, aux Èphésiens, à Philémon, aux Hébreux. Lettres pastorales, 1 vol. : 3 francs ; franco. 3 fr. 50

Evangile selon saint Matthieu, Evangile selon saint Marc, Evanpcile selon saint Luc, traduction et commentaire, cartes et plans, par V. Rose, O.P., professeur à l'Université de Fribourg, 3 volumes se vendant séparément ; chaque vol. : 2 fr. 50 ; franco 2 fr . 75

Actes des Apôtres, traduction et commentaire, par le même, 1 vol. : 3 fr. 50 ; franco. 4 fr. »

Epîtres catholiques. Apocalypse, traduction et com- mentaire, par le R. P. Th. Calmes, SS. CC, 1 vol. : 3 fr.; franco ' 3 fr. 50

Imp. des Orph.-Appr. d'Auteuil, l. lilttit, 40, rue La FonUirie, l'arit.

mÊ

'm^

vÊm^

'mi,

■•*«**-

■m^- " m;

"*;^*:.i

'''%;^"^ 1- .' S-i

^ ... v!»?r' tst-

^^•■^' *'.-

}fe':ï;^.

*,x

<im

HIC'-'-, y^i

âii

I

■^"■^^ 3^

^.-M

m.'M

■m^.^M ■■''"

:#.^^^- *«

■ ■^^ -;>■